Accompagner la vie. Médecine palliative et droits des malades. Dix-septième partie

semaine du 29 janvier au 4 février 2018

La médecine palliative s’est développée au cours de ces dernières années pour soulager les souffrances des malades en fin de vie. Cette médecine présente un certain nombre de caractéristiques sur lesquelles on s’interrogera tout au long de cette rubrique.  

L’approche de la fin de vie en médecine palliative et en éthique sous-tend inévitablement la question de la définition de la mort. Si pendant des millénaires ont associé la mort avec l’arrêt des fonctions respiratoires (la notion de souffle si chère à bien des civilisations), notre société définit la mort surtout comme la mort cérébrale. En France, il convient de rappeler que c’est bien la mort cérébrale – ou mort encéphalique – qui définit la mort légale (décret 96-1041 du 2 décembre 1996) et qui permet donc le prélèvement d’organes pour la transplantation. La mort cérébrale désigne la destruction totale et irréversible des fonctions cérébrales, même si la respiration et les battements du cœur sont maintenus par la réanimation artificielle. C’est bien la question de la transplantation qui est au cœur de cette définition de mort cérébrale. En effet, même si les fonctions respiratoires et circulatoires sont maintenues artificiellement, la personne qui ne présente plus de vie au niveau cérébral est bien considérée comme étant cliniquement morte.  

Mais au-delà de sa définition médicale, définir la mort n’est pas aisé. Il n’est pas question de parler de la mort uniquement au point de vue de sa signification empirique, mais il importe aussi de la définir plus largement, au sens sociologique et culturel. Or il est sûr que notre perception de la mort a évolué au cours des siècles. Notre société a profondément changé depuis les années 1950. Comme le rappelle Hubert Doucet dans son article « Le bien mourir et les traditions religieuses », paru dans la revue Gérontologie et société (2004), notre perception de la mort a évolué différemment selon les époques et les cultures. Il distingue quatre grandes époques où la mort a été perçue et définie. 

  • Dans les années 1950, le « bien mourir » renvoie surtout au fait de mourir chez soi, à son domicile. La mort s’inscrit dans la vie quotidienne en tant que phénomène naturel ; 

  • Dès les années 1970, le « bien mourir » se vit principalement à l’hôpital, dans un environnement silencieux et paisible. Il s’agit d’une mort technicisée qui progressivement perd son caractère naturel 

  • A partir des années 1990, mourir relève directement de la responsabilité du mourant. C’est lui qui décide de son devenir. Ce moment correspond à l’avènement des soins palliatifs et la prise de conscience publique des questions que la mort suscite : l’euthanasie, l’arrêt des traitements, la question de l’acharnement thérapeutique etc. 

  • De nos jours, la personne en fin de vie est directement concernée par sa propre mort dont elle devient l’acteur principal : c’est elle seule qui décide de la suite à donner à des soins ou à l’arrêt d’un traitement.   

Bérangère Soustre de Condat-Rabourdin 

La semaine prochaine : Accompagner la vie. Médecine palliative et droits des malades. Dix-huitième partie 

Google news Référence: 
876
29 Janvier 2018 - 7:55am