Accompagner la vie. Médecine palliative et droits des malades. Vingt-cinquième partie

semaine du 16 au 22 avril 2018

La médecine palliative s’est développée au cours de ces dernières années pour soulager les souffrances des malades en fin de vie. Cette médecine présente un certain nombre de caractéristiques sur lesquelles on s’interrogera tout au long de cette rubrique.  

« (…) Le progrès d’une société aujourd’hui, comme nous l’a appris l’histoire du XXe siècle, se mesure à sa capacité à développer la solidarité, en protégeant et en entourant les plus faibles, et non à faciliter leur disparition » 

Didier Sicard, Le Monde, 29 janvier 2011

Parler de soins palliatifs, signifie avant tout parler de la mort. Mais comment peut-on définir la mort ? Il est évident que notre rapport à celle-ci a bien évolué avec le temps. Si l’on s’en tient à ces dernières cinquante années, force est de constater que l’évolution de la médecine et – notamment – des techniques de réanimation ont considérablement bouleversé notre perception de la mort. Une date charnière se situe incontestablement en 1968 avec les premières publications scientifiques consacrées à la définition de la mort cérébrale ou mort encéphalique. La découverte de la mort cérébrale a des conséquences importantes, notamment au point de vue légal. En effet, une personne peut être déclarée décédée, même si ses organes continuent de fonctionner. Ces cas posent cependant un certain nombre de problèmes. Un individu en état de mort encéphalique est inconscient et n’est maintenu en vie qu’artificiellement par le biais de machines. Pour définir cette casuistique, les américains ont recours au terme de « donneurs au cœur battant » (heart beating donors). 

Au point de vue strictement épistémologique, la définition de mort cérébrale pose plus largement la question de l’homme. En effet, est-il possible de résumer l’homme uniquement à son cerveau ? Renaud et Arthur Gruat dans un article consacré à la définition de la mort rappellent notamment qu’il est possible de distinguer deux types de mort. Si l’on se réfère à la philosophie grecque, les deux auteurs rappellent que les Anciens distinguent deux types de vies : Zoé et Bios. Tandis que la première concerne la vie biologique, la seconde renvoie davantage à la notion de vie sociale.  

Ces deux notions permettent de saisir la complexité de la notion de « vie », et – par conséquent – de celle de « mort ». Plus récemment, d’autres auteurs, tels que T. Engelhart Junior, se sont interrogés sur la signification du mot vivant. Pour eux, être vivant dépend notamment des interactions que chacun noue avec son prochain. Aussi, dans le cas des embryons et des fœtus, il s’agit d’être biologiques à proprement parler, mais pas de personnes dans la mesure où ces derniers n’entretiennent aucun rapport avec les autres individus. 

Mais définir la mort signifie aussi se questionner sur les différents sens que la société lui a attribué à travers le temps et les lieux. S’il existe une « histoire de la mort » comme le rappelait Philippe Ariès, il existe aussi une « histoire de dire la mort » qui est propre à chaque société et à son acculturation, à ses valeurs et à ses traditions.   

Bérangère Soustre de Condat-Rabourdin  

La semaine prochaine : Accompagner la vie. Médecine palliative et droits des malades.  Vingt-sixième partie 

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15 Avril 2018 - 7:30pm