Accompagner la vie. Médecine palliative et droits des malades. Vingt-huitième partie

semaine du 21 au 27 mai 2018

La médecine palliative s’est développée au cours de ces dernières années pour soulager les souffrances des malades en fin de vie. Cette médecine présente un certain nombre de caractéristiques sur lesquelles on s’interrogera tout au long de cette rubrique

« Il y a deux points de vue d'où la mort se montre bien différente. De l'un de ces points vous apercevez la mort au bout de la vie, comme un fantôme à l'extrémité d'une longue avenue : elle vous semble petite dans l'éloignement, mais à mesure que vous en approchez elle grandit ; le spectre démesuré finit par étendre sur vous ses mains froides et par vous étouffer. De l'autre point de vue la mort paraît énorme au fond de la vie, mais à mesure que vous marchez sur elle, elle diminue, et quand vous êtes au moment de la toucher, elle s'évanouit. L'insensé et le sage, le poltron et le brave, l'esprit impie et l'esprit religieux, l'homme de plaisir et l'homme de vertu, voient ainsi différemment la mort dans la perspective. » 

Chateaubriand, Pensées, réflexions et maximes (1848)

« La vie humaine est semblable à un chemin dont l’issue est fatale. On nous en avertit dès le premier pas, mais la loi de la nature nous dicte d’avancer toujours ». 

Bossuet, Les pensées et maximes inédites (1704) 

 

Comme on l’a observé précédemment, il important de bien distinguer la sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès (SPCMD) de l’euthanasie, et les situations dans lesquelles elle peut être demandée au vu de la loi. La sédation profonde et continue ne peut pas être adaptée à toutes les situations. En effet, la loi de 2016 distingue les malades conscients de ceux inconscients. Dans le premier cas, la loi exige trois conditions pour que la sédation profonde et continue puisse être appliquée : 

  • Le malade doit être atteint d’une maladie incurable ; 

  • Le pronostic vital doit être envisagé à brève échéance (« de quelques heures à quelques jours », selon les recommandations de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs) ; 

  • Le patient présente une douleur qui résiste aux traitements ou l’arrêt des traitements serait à l’origine de souffrances intolérables. 

Si le malade est incapable d’exprimer sa volonté, le recours à la sédation profonde et continue ne peut intervenir qu’à « la suite d’une décision de limitation ou d’arrêt de traitement dont dépend le seul maintien de vie » (Haute Autorité de Santé, Rapport bibliographique, Comment mettre en œuvre une sédation profonde et continue jusqu’au décès, février 2018). 

Tous recours à une sédation profonde et continue doit être décidée de façon collégiale : « (…) une concertation avec les membres présents de l’équipe de soins, si elle existe, et le recueil de l’avis motivé d’au moins un médecin, appelé en consultant » (Art. R. 4127-37-2-III, Code de Déontologie médicale).  La Société française d’accompagnement et de soins palliatifs a mis en place une typologie spécifique à la sédation. Cette typologie – appelée SEDAPALL -, comprend trois critères : 

  • Durée de la sédation : réversible, potentiellement réversible, irréversible ; 

  • Profondeur : proportionnée ou profonde ; 

  • Consentement : non obtenu, obtenu de façon anticipée, obtenu au moment de la mise en œuvre de la sédation. 

 Bérangère Soustre de Condat-Rabourdin

La semaine prochaine : Accompagner la vie. Médecine palliative et droits des malades.  Vingt-neuvième partie 

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14 Mai 2018 - 7:46am