Accompagner la vie. Médecine palliative et droits des malades. Vingt-troisième partie

semaine du 2 au 8 avril 2018

La médecine palliative s’est développée au cours de ces dernières années pour soulager les souffrances des malades en fin de vie. Cette médecine présente un certain nombre de caractéristiques sur lesquelles on s’interrogera tout au long de cette rubrique.

« En vérité effective la science et la pratique médicale posent en termes neufs le problème éthique. C’est le lieu sensible, décisif, crucial, où la restauration de l’éthique connaît son existence et son urgence. Car il s’agit ici de l’essentiel, de la vie et de la mort du tout du sens de notre existence il est donc vain d’imaginer que des normes subsisteront, en matière juridique et politique, quand elles s’effacent là où l’être de l’homme est en cause et à l’épreuve » 

Claude Bruaire, Une éthique pour la médecine, 1978

Le débat sur la fin de vie suscite des débats très houleux. D’une part, car il met à jour les interprétations erronées que d’aucuns ont sur la fin de vie et le recours éventuel à la médecine sédative, confondue à tort avec l’euthanasie. De l’autre, car la complexité des histoires individuelles empêche une approche purement dogmatique de la question. La question de la fin de vie est d’autant plus complexe qu’elle pose la question du « bien mourir». Comme le rappelle Emmanuel Hirsch, dans son essai Mort par sédation. Une nouvelle éthique du bien mourir (Paris, 2016) dans notre société, l’approche de la mort « Après s’être sécularisée, individualisée, puis médicalisée (…) s’est politisée». Or, cette approche politique de la mort est au cœur des préoccupations du législateur. En effet, si la loi du 22 avril 2005 s’interroge sur les enjeux d’une décision collégiale dans le cas de décisions humaines complexes, la loi du 2 février 2016 développe les acquis déjà invoqués en insistant sur certaines particularités relevant de la volonté du malade. Voire d’un acharnement thérapeutique. 

La loi du 22 avril 2005 autorise le malade « en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, de limiter ou arrêter tout traitement». Le médecin ne peut qu’acter cette volonté, après avoir fait part au malade des conséquences de ce choix.  Avec la loi du 2 février 2016, ce principe ne s’applique pas seulement aux malades en fin de vie, mais de façon indistincte « aux malades atteints d’une affection grave et incurable». Ces malades ont le droit de recourir à une sédation profonde et continue. Ce dispositif complexe associe à la fois l’arrêt des traitements maintenant le malade en viela suppression de la douleur par la prise d’analgésiques, et la sédation à proprement parler.  

La sédation profonde et continue plonge le malade dans une « altération de la conscience maintenue jusqu’au décès ». La société distingue, comme le rappelle E. Hirsch, deux approches de la mort : un « bien mourir », politiquement correct, et un « mal mourir » renvoyant à la déchéance du corps et de l’individu, en tant qu’être physique, psychique et social.  

Bérangère Soustre de Condat-Rabourdin

Le semaine prochaine : Accompagner la vie. Médecine palliative et droits des malades.  Vingt-quatrième partie 

Google news Référence: 
814
2 Avril 2018 - 6:43am