Dernière image : 10 - Le premier portrait est…un faux !

semaine du 23 au 29 mars 2015

Conserver la mémoire des traits d’un disparu, aider les survivants à faire leur deuil : les fonctions des photographies réalisées après décès sont multiples. En 1840, Hyppolyte Baryard réalisa le premier portait post-mortem. Il s'agissait d'un faux qu'il assuma avec humour.  

 Au moment où le procédé mis au point par Louis Mandé Daguerre est divulgué devant l’Académie des sciences de Paris par François Arago, d’autres chercheurs connaissent un sort moins heureux. C’est le cas du britannique William Henry Fox Talbot, dont la découverte d’un procédé qui permet d’obtenir plusieurs positifs à l’aide d’un négatif, ne rencontre pas tout de suite de soutien officiel, et, en France, celui d’Hippolyte Bayard. En juin 1839, soit trois mois avant la révélation du daguerréotype dont le succès dépasse très vite les frontières du pays, il avait exposé, également à Paris, des images directement positives sur papier, empreintes d’objets et natures mortes représentant des sculptures, très remarquées par le presse, mais sans obtenir lui non plus le soutien officiel nécessaire pour faire connaître son invention.

 En 1840 Bayard se met en scène, dans L’Autoportrait en noyé, aujourd’hui conservé dans les collections de la Société française de photographie, à Paris. Il s’y représente  comme un inventeur malchanceux, poussé au suicide par le manque d’intérêt accordé à sa découverte, toute l’attention ayant été à celle de Daguerre. Il accompagne l’image d’une longue légende explicative : « Le cadavre du monsieur que vous voyez ci-derrière est celui de M. Bayard, inventeur du procédé dont vous venez de voir ou dont vous allez voir les merveilleux résultats. À ma connaissance, il y a à peu près trois ans que cet ingénieux et infatigable chercheur s'occupait de perfectionner son invention. L'Académie, le roi et tous ceux qui ont vu ces dessins que lui trouvait imparfaits les ont admirés comme vous les admirez en ce moment. Cela lui fait beaucoup d'honneur et ne lui a pas valu un liard. Le gouvernement qui avait beaucoup trop donné à M. Daguerre a dit ne rien pouvoir faire pour M. Bayard et le malheureux s'est noyé. Oh ! instabilité des choses humaines ! Les artistes, les savants, les journaux se sont occupés de lui depuis longtemps et aujourd'hui qu'il y a plusieurs jours qu'il est exposé à la morgue personne ne l'a encore reconnu ni réclamé. Messieurs et Dames, passons à d'autres, de crainte que votre odorat ne soit affecté, car la figure du Monsieur et ses mains commencent à pourrir comme vous pouvez le remarquer. »  

L’humour, la révolte, la mise en scène, la fiction, se penchent sur le berceau de ce qui constitue à la fois l’un des premiers autoportraits photographiques, mais également l’un des premiers portraits post-mortem, même si le mort représenté … va encore vivre plusieurs dizaines d’années !

Joëlle Bolloch

La semaine prochaine : 11 -  La pratique du photographe : le travail sur la lumière

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17 Mars 2015 - 5:51pm