Dernière image : 11 - Le travail sur la lumière

semaine du 30 mars au 5 avril

Conserver la mémoire des traits d’un disparu, aider les survivants à faire leur deuil : les fonctions des photographies réalisées après décès sont multiples. Avant et pendant la prise de vue, les photographes ont tous les pouvoirs. ils décident de la mise en scène du défunt et de l' éclairage. 

 Les circonstances liées à la réalisation des photographies post mortem impliquent que les photographes jouent un rôle important dans les décisions pratiques, la famille n’étant pas dans un état psychologique lui permettant de le faire. Nous avons déjà vu comment ils pouvaient être amenés à donner leur avis concernant la position du corps, voire à aider dans le choix des vêtements. Mais c’est dans le travail sur la lumière que leur savoir-faire est essentiel. Les témoignages sur ce sujet, les conseils fournis par les praticiens aguerris à leurs collègues débutants abondent dans les revues spécialisées.

Tout d’abord il convient d’utiliser la lumière du nord, ou, à défaut, de placer le corps près d’une fenêtre non exposée directement aux rayons du soleil. Certains photographes, tel l’américain J.-M. Houghton, préconisent l’usage d’un écran placé entre le corps et la source lumineuse : « Je choisis une pièce dans laquelle la lumière du soleil pouvait pénétrer et plaçai le corps près d’une fenêtre avec un écran blanc réfléchissant du côté du visage qui se trouvait dans l’ombre. Comme d’habitude la réflexion de l’écran était insuffisante pour uniformiser la lumière sur l’ensemble du sujet, aussi je dirigeai un rayon de lumière assez fort sur l’écran à l’aide d’un miroir qui me permit d’obtenir un éclairage identique sur l’ensemble du visage, et je réalisai un négatif excellent, bien contrasté. »

 Félix Nadar, auteur d’un célèbre portrait de Victor Hugo sur son lit de mort, a réalisé à cette occasion un dessin riche d’enseignement sur ce point : le lit sur lequel repose le corps de l’écrivain se trouve près d’une fenêtre dont le bas a été occulté par un rideau. Un assistant assis au chevet du défunt tient un miroir à l’aide duquel il dirige un faisceau lumineux sur son visage. Il arrive que ce dispositif soir visible sur le cliché, tout du moins en ce qui concerne le rideau installé pour voiler le bas de la fenêtre, c’est notamment le cas dans le portrait de Gustave Doré, dû lui aussi à Nadar.

 Quant aux photographes très sensibles ils peuvent suivre le conseil donné par Southworth, le célèbre daguerréotypiste américain : utiliser le miroir de telle manière que ce soit le sujet à photographier qui s’y reflète et…photographier ce reflet, ce qui évite d’avoir à contempler trop longuement le cadavre. A partir des années 1890, les publicités font état d’une grande nouveauté : « Il est désormais possible d’utiliser le flash pour la photographie de défunts. La lumière artificielle surmonte les difficultés rencontrées jusqu’alors dans ce type de pratique », peut-on lire dans le British Journal of Photography en août 1891.

Joëlle Bolloch

La semaine prochaine : 12 -  Un devoir pénible : des photographes témoignent 

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23 Mars 2015 - 2:34pm