Dernière image : 14 - Usage intime et mémoire collective

semaine du 20 au 26 avril 2015

Conserver la mémoire des traits d’un disparu, aider les survivants à faire leur deuil : les fonctions des photographies réalisées après décès sont multiples. 

 Les éléments cités jusqu’alors se rapportent à des pratiques individuelles, intimes, familiales. Les photographies sont réalisées à l’initiative des proches et conservées au sein des familles. Lorsqu’il s’agit d’un daguerréotype, il peut être gardé tel quel. En France il est généralement encadré mais dans les pays anglo-saxons il prend place dans un écrin, plus ou moins luxueux, dont l’intérieur est garni de velours rouge. Des variantes sont possibles, le daguerréotype est parfois monté en broche, voire porté en pendentif. Les photographies sur papier sont intégrées aux albums de famille ou rangées dans des tiroirs d’où on les extrait à l’intention des intimes. Dans certaines régions, notamment dans le Limousin, la photographie est transférée sur un médaillon de porcelaine qui est posé sur la tombe.

 Parallèlement à cet usage privé, des témoignages nous apprennent l’existence d’une pratique plus systématique dont l’initiative revient cette fois à des membres de la communauté villageoise ou régionale. Quelques exemples, français pour commencer. Le fonds du pharmacien et photographe Léon Aymonier qui a réalisé des images à l’occasion des moments forts de la vie du bourg de Châtelard-en-Bauges, en Savoie, entre 1890 et 1930, contient de nombreux portraits post mortem. Il en va de même du fonds du portraitiste rouennais Albert Witz, actif de 1863 à 1884. Un cas particulièrement intéressant est celui de Kasimir Zgorecki, photographe artisan, qui a laissé de nombreux témoignages de la vie des ouvriers polonais venus travailler dans les mines du nord de la France entre les deux guerres. Parmi les quelque 3700 plaques retrouvées dans son atelier, aux côtés de photographies destinées à montrer la réussite sociale et l’intégration de ces immigrés, se trouvent une trentaine de photographies d’enfants morts. Elles permettent bien sûr de conserver la trace du disparu, mais aussi de faire connaître son existence à la famille restée en Pologne.

 On rencontre des cas similaires en Italie, ainsi Giuseppe Palmieri, prêtre photographe à Arena, en Calabre, avait-il l’habitude de photographier le cadavre de ses paroissiens après les avoir bénis, laissant un important corpus de photographies de défunts et des indications précieuses sur les rituels funéraires.

 C’est pourtant sans doute en Amérique latine que l’on trouve les plus extraordinaires photographies d’enfants morts, réalisées au cours des cérémonies funéraires très ritualisées au cours desquels les petits défunts acquièrent le statut d’ « angelitos ». On citera notamment les noms de Juan de Dios Machain, Romualdo Garcia pour le Mexique, celui de Fernando Paillet pour l’Argentine ou des frères Courret pour le Pérou.

Joëlle Bolloch

La semaine prochaine : 15 - Des exigences particulières pour les défunts illustres

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9 Avril 2015 - 5:38pm