Dernière image : 15 - Les exigences des défunts illustres

semaine du 27 avril au 3 mai 2015

Conserver la mémoire des traits d’un disparu, aider les survivants à faire leur deuil : les fonctions des photographies réalisées après décès sont multiples.

 Lorsque le mort est un individu célèbre, une personnalité connue du public de par ses fonctions, la photographie post mortem ne répond pas aux mêmes besoins et aux mêmes exigences que dans le cas des anonymes. L’image n’est pas destinée à un usage intime, mais elle entre dans la sphère publique et participe à l’hommage rendu au disparu. Ainsi il n’existe pas, ou très peu, de daguerréotypes représentant des gens célèbres sur leur lit de mort pour la simple raison que ce procédé ne permet d’obtenir qu’une image par prise de vue. Ce caractère d’ « unicum » le rend inopérant au sein d’un dispositif préexistant, composé de peintures, dessins, moulages. Il peut néanmoins être utilisé comme point de départ pour la réalisation ultérieure d’un portrait peint : « Le portrait [photographique] du défunt peut avoir pour seul objet de fournir une reproduction exacte du visage afin d’aider le peintre à dessiner son portrait, et, sous cet angle, il rend un service essentiel » rapporte le photographe américain Nathan Burgess. Il joue alors le même rôle que celui du masque mortuaire moulé sur le visage du défunt et qui sert de base à la réalisation d’un monument funéraire.

 En revanche, dès que la possibilité est offerte d’obtenir un grand nombre d’épreuves à partir d’un seul négatif, les photographes vont être convoqués auprès des morts illustres. Les photographies mortuaires des célébrités assurent une fonction qui relève du culte commémoratif, voire de la propagande idéologique ou religieuse – hormis dans les cas où, faites pour être conservées dans l’intimité et interdites de diffusion, elles sont à assimiler aux photographies d’anonymes. Il est donc nécessaire que le portrait permette à tout un chacun d’identifier la personne décédée. Ce souci incite le photographe à réaliser des gros plans sur le visage du défunt et à le représenter dans son cadre familier, entouré d’objets symbolisant sa fonction en même temps qu’ils constituent des éléments favorisant la reconnaissance.

 Dans leur grande majorité, les portraits post mortem représentant des hommes et des femmes illustres ont été réalisés par des photographes de renom. Si l’équation photographe anonyme – modèle anonyme / photographe célèbre – modèle célèbre souffre quelques exceptions, elle reste néanmoins la règle. C’est un peu comme s’il se produisait une sorte d’interaction entre la notoriété du praticien et celle du modèle photographié, chacune contribuant à donner plus d’importance à l’image. Les prochains textes seront consacrés aux diverses catégories de personnalités ayant fait l’objet de portraits post mortem passés à la postérité, qu’il s’agisse du monde littéraire, artistique, politique et plus inattendu peut-être, religieux !

Joëlle Bolloch

La semaine prochaine : 16 - Petit Panthéon des écrivains

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9 Avril 2015 - 5:43pm