Dernière image : 16 - Panthéon des écrivains

semaine du 4 au 10 mai 2015

Conserver la mémoire des traits d’un disparu, aider les survivants à faire leur deuil : les fonctions des photographies réalisées après décès sont multiples. De Victor Hugo à Marcel Proust, de nombreux écrivains ont été photographiés sur leur lit de mort.

 Un nombre important de portraits de personnalités sur leur lit de mort a trouvé place dans des collections publiques, bibliothèques, maisons d’artistes, musées... Le statut de ces photographies est variable. Elles peuvent tout simplement être considérées comme des objets documentaires, illustrant la biographie du personnage. Mais elles peuvent aussi avoir bénéficié, comme l’ensemble de la production photographique, de la reconnaissance du médium comme art à part entière et avoir ainsi acquis le statut d’ « œuvre ». Ce changement de regard est d’autant plus affirmé que le nom de l’auteur de la prise de vue a été retenu par les historiens de la photographie.

 Nous nous attarderons ici sur les portraits d’écrivains conservés dans quelques collections publiques, sans prétendre à une impossible exhaustivité.Le musée Carnavalet conserve les portraits sur leur lit de mort de Félicité de Lamennais (1782-1854) dû à Auguste Bertsch et d’Alphonse Daudet (1840-1897) réalisé par François Wagener, dit Otto. Dans les réserves de la Bibliothèque nationale de France on peut voir Marceline Desbordes-Valmore photographiée par Nadar en 1859 ; elle est morte à l’âge de 73 ans, ce que son visage lisse et apaisé ne laisse pas deviner. Il est intéressant de savoir qu’il existe un autre cliché de la poétesse, également dû à Nadar, pris avant d’avoir fait l’objet des soins de thanatopractie pour l’exposition publique et sur lequel les traits tirés et les rides profondes montrent qu’il s’agit d’une personne âgée.

 Toujours à la BnF, un exemplaire de la Chronique illustrée , daté du 7 mars 1869, présente en couverture une gravure montrant le poète Lamartine décédé, son célèbre petit crucifix de bois noir sur la poitrine. Cette gravure a été réalisée d’après une photographie signée Adam Salomon, sculpteur et photographe dont la légende précise : « Le grand artiste, qui a taillé dans le marbre le tombeau de Madame de Lamartine, a voulu garder un souvenir impérissable du poète, dont sans doute son merveilleux ciseau nous retracera bientôt l'image. C'est pourquoi il a pris immédiatement une photographie, dont nous sommes heureux de posséder la première épreuve ». Il est à noter qu’à l’époque il n’est pas encore possible de reproduire directement une photographie dans la presse sans passer par l’étape de la gravure.

 Pour sa part le musée d’Orsay renferme dans son cabinet d’arts graphiques les portraits post mortem de Victor Hugo et de Marcel Proust. Le premier a été photographié le 22 mai 1885 par Nadar, appelé au chevet de l’écrivain décédé où il retrouve une douzaine d’artistes convoqués comme lui : peintres, dessinateurs, sculpteurs… Le journal L’Illustration reproduit en une, le 30 mai 1885, cette photographie, toujours par le biais de la gravure. Marcel Proust meurt le 18 mai 1922. C’est Jean Cocteau qui fait appel à Man Ray, deux jours plus tard, pour réaliser le portrait de l’écrivain sur son lit de mort. D’après le photographe seuls trois tirages ont été réalisés : un pour la famille, qui refusa de le communiquer à la presse, un pour Cocteau, et le dernier pour lui-même.

Joëlle Bolloch

La semaine prochaine : 17 - Panthéon des artistes

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16 Avril 2015 - 8:43am