Dernière image : 17 - Petit Panthéon des artistes

semaine du 11 au 17 mai 2015

Conserver la mémoire des traits d’un disparu, aider les survivants à faire leur deuil : les fonctions des photographies réalisées après décès sont multiples. D' Ingres à Rodin, de nombreux plasticiens ont été photographiés sur leur lit de mort. 

 Un tour d’horizon des artistes ayant fait l’objet d’une photographie post mortem passée à la postérité montre que si nombre de peintres, sculpteurs, artistes de la scène figurent parmi eux, il n’en est pas de même pour les musiciens. Il semble que pour ces derniers la tradition du masque moulé sur le visage du défunt ait perduré tout au long du XIXème siècle - Frédéric Chopin mort en 1849, Wagner en 1883, Franz Liszt en 1886 – et même au-delà – Mahler mort en 1911, Debussy en 1918 ou Ravel en 1932.

 Du côté des peintres on connaît, entre autres, le portrait d’Ingres (1867), par le photographe Charles Marville (dont des recherches récentes ont montré qu’il s’agit d’un pseudonyme pour un certain Charles-François Bossu), conservé au musée de Montauban et plusieurs portraits réalisés à nouveau par Nadar. Parmi ceux-ci figurent ceux d’Eugène Carrière (1906) et de Gustave Doré (1883), un proche du photographe qui a laissé de nombreuses images prises du vivant de l’artiste. Plus tardivement Rogi André (de son vrai nom Rosa Klein) a photographié Chaïm Soutine (1943) après sa mort et laissé plusieurs magnifiques images montrant Vassili Kandinsky reposant devant l’une de ses toiles (1944).

 Pour les sculpteurs on retiendra seulement le cas d’Auguste Rodin mort en 1917. Son décès a été l’occasion d’un véritable reportage photographique, que l’on doit à Pierre Choumoff et Henri Lachman, sans qu’il soit toujours possible d’attribuer les clichés à l’un ou l’autre des opérateurs. Le sculpteur avait été allongé sur son lit et, suivant les propos de son amie Judith Cladel « dans la robe blanche dont nous le vêtîmes, sous l’argent des cheveux et de la barbe, les mains croisées, il fut une vision de beauté sublime. Il sembla un grand moine - le moine qu’il était vraiment – assoupi dans la paix de sa conscience. » Parmi les très nombreux clichés conservés au musée Rodin, l’artiste est tour à tour vu à distance, entouré de fleurs, puis en gros plan sur le visage, et il existe également un plan serré sur les mains. Comme cela avait été le cas pour Victor Hugo, L’Illustration publie en couverture, le 24 novembre 1917, la photographie du « grand sculpteur Rodin sur son lit de mort ».

 Comédiens, gens de théâtre ou chanteurs ont fait, et font encore l’objet de ces portraits après décès, dont ils ont parfois organisé eux-mêmes la mise en scène. Ainsi Jean Cocteau a-t-il anticipé ce moment, désignant Raymond Voinquel, son photographe de plateau, et Vilmos Sleczki, éclairagiste, pour accomplir la mission de réaliser ses ultimes portraits. Décédée comme lui en octobre 1963, la chanteuse Edith Piaf n’avait pas laissé de consignes et l’auteur de sa photographie après décès, conservée dans le petit musée qui lui est consacré dans le 11ème arrondissement de Paris, est resté anonyme.

Joëlle Bolloch

La semaine prochaine : 18 - Petit Panthéon des hommes politiques

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7 Mai 2015 - 5:46pm