Dernière image : 18 - Petit Panthéon des politiciens

semaine du 18 au 24 mai 2015

Conserver la mémoire des traits d'un disparu, aider les survivants à faire leur deuil : les fonctions des photographies réalisées après décès sont multiples. D' Adolphe Thiers à Mao Zedong, de nombreux hommes politiques ont été photographiés sur leur lit de mort.

 

 Celui qui fût le 1er Président de la République, puis le dernier Empereur des Français sous le nom de Napoléon III, vit ses dernières années en exil en Grande Bretagne. Il meurt à Chislehurst en 1873 où son portrait a été réalisé après sa mort par un grand nom de la photographie britannique, William Downey.

 C’est sous la Troisième République que le culte des grands hommes prend en France une ampleur considérable. Pour les hommes d’Etat, le dernier portrait se rattache à la tradition médiévale des funérailles royales. Chronologiquement on peut citer les noms de Adolphe Thiers photographié sur son lit de mort par Adolphe Braun en 1877, Léon Gambetta par Etienne Carjat en 1882, Aristide Briand en 1932 ou encore Léon Blum en 1950, les noms des auteurs des portraits de ces deux derniers ne nous étant pas connus. Pour plusieurs d’entre eux le photographe n’était pas le seul artiste convoqué au chevet du défunt : dessinateurs, peintres, mouleurs faisaient également leur office. Les corps étaient exposés à la ferveur de leurs concitoyens qui étaient invités à venir se recueillir devant la dépouille du grand homme disparu. En ce qui concerne Léon Gambetta c’est devant le cercueil fermé que les visiteurs furent admis à défiler. Les circonstances de la mort de l’homme politique étant complexes – il s’était blessé à la main en nettoyant son arme et la fièvre qui s’en est suivie a masqué les symptômes d’une appendicite qui lui fut fatale – le corps a été autopsié le lendemain du décès. L’autopsie a tourné au dépeçage, chaque participant souhaitant conserver une relique… et le corps ne pouvait plus être décemment présenté à la foule. Une gravure réalisée d’après la photographie de Carjat a été publiée en couverture de L’Illustration en date du 6 janvier 1883. Cette tradition de publier un dernier portrait des grands personnages dans la presse a pris fin après le décès de Léon Blum, en 1950.

 Au cours du XXeme siècle nombre d’hommes politiques ont été photographiés sur leur lit funéraire, notamment Joseph Staline mort le 5 mars 1953, ou dans leur cercueil, comme le général Franco exposé dans la chapelle du palais du Prado en novembre 1975. Quant à Mao Zedong, un cliché le montre allongé et le corps recouvert d’un drapeau décoré de la faucille et du marteau, offert à la dévotion d’une foule – composée semble-t-il exclusivement d’hommes – défilant devant sa dépouille.

 Lorsque les militaires boliviens ont capturé, puis exécuté Ernesto Che Guevara, ils ont fait venir des photographes afin d’exhiber, comme un trophée de guerre, la photographie du guérillero mort. Diffusées dans le monde entier - sauf à Cuba - ces clichés ont contribué à faire du Che l’icône que l’on sait.

Joëlle Bolloch

La semaine prochaine : 19 - Petit Panthéon des gens d'église

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15 Mai 2015 - 12:48pm