Dernière image : 2 - Masques, dessins, tableaux…

semaine du 26 janvier au 1 février 2015

Conserver la mémoire des traits d’un disparu. Aider les survivants à faire leur deuil. Les fonctions des photographies réalisées après décès sont multiples. Dans cette rubrique nous étudierons les pratiques et usages de ces dernières images. 

 Les sources de la tradition du dernier portrait, du moins en Occident, sont à chercher à la fois du côté des pratiques publiques concernant les grands de ce monde, rois, hommes et femmes d’église, et du côté de celles, d’ordre privé, concernant les bourgeois aisés.

 S’agissant des rois, nous savons qu’après leur décès, leur corps, revêtu des vêtements du sacre, était exposé à la dévotion du public. Se posait bien sûr la question de la conservation du cadavre : l’historien Alain Erlande-Brandenburg rapporte ainsi que lors des obsèques de Philippe le Bel, en 1314, le visage et les mains du roi présentaient des signes d’altération... Il semble que ce soit en Angleterre que fut substituée pour la première fois une effigie en bois à la dépouille du roi, à l’occasion de la mort d’Edouard II, en 1327. Il faudra attendre un siècle pour que cette pratique apparaisse en France, au moment des obsèques de Charles VI qui ne furent célébrées que trois semaines après son décès. Ces effigies, connues sous le nom de « feintes », étaient pourvues d’un masque fidèle aux traits du défunt. Ce masque pouvait avoir été réalisé du vivant du roi, mais il est avéré que certains étaient moulés d’après le visage du mort, après l’embaumement du corps : c’est notamment le cas pour Charles VII, décédé en 1461.

 La pratique du moulage après décès s’est répandue, le masque mortuaire pouvant être utilisé, au-delà de la parade funèbre, comme modèle par les sculpteurs. Destinés à entretenir le culte du défunt, les masques concernent les souverains mais également des gens d’église, ainsi sont parvenus jusqu’à nous, entre autres, ceux de Saint Bernardin de Sienne (1444) ou de Sainte Jeanne de France (1505), ou encore de Mère Angélique Arnaud, abbesse de Port-Royal morte en 1661.

 La commande des portraits peints, privés, semble être apparue dans les pays de l’Europe du Nord, à la fin du XVIème  siècle. Le musée des Beaux-arts de Rouen possède un magnifique portrait de Jeune Femme sur son lit de mort, peint par un artiste de l’Ecole flamande dont le nom ne nous est pas parvenu. Sur la toile on peut lire une inscription en latin qui nous apprend  que la jeune femme est  « morte le 28 juillet 1621, à l’âge de 25 ans » et qu’elle a été « peinte deux heures après sa mort ». Ces pratiques, moulages de masques et portraits peints, précèdent de loin l’arrivée de la photographie et, même si elles connaissent une certaine démocratisation au cours des siècles, ne concernent toujours que des classes privilégiées.

Joëlle Bolloch

La semaine prochaine: 3- Début du portrait photographique

 

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12 Décembre 2014 - 11:55am