Dernière image : 22 - La pratique chez les soignants

semaine du 15 au 21 juin 2015

Conserver la mémoire des traits d'un disparu, aider les survivants à faire leur deuil : les fonctions des photographies réalisées après décès sont multiples. Tombée en désuétude pendant des décennies, la photographie post-mortem redevient à la mode, y compris dans des maternités.

 

 Les photographies post mortem permettent à la fois de confirmer que la personne a vraiment existé - ce qui est particulièrement important dans le cas des enfants morts peu de temps après leur naissance ou même des enfants mort-nés - , de suppléer la mémoire défaillante pour retrouver les traits de l’être disparu, et de partager son souvenir en contemplant et en faisant contempler le portait, d’accepter la réalité de la mort. Elles jouent pleinement le rôle que Susan Sontag attribue à la photographie : à la fois « pseudo présence » et « marque de l’absence ».

 Prenant en compte ce besoin de trace, de support, qui aide à affronter la perte, à trouver une consolation, une pratique s’est développée ces dernières années dans le milieu hospitalier. Dans certains hôpitaux, certaines maternités surtout, le personnel soignant prend l’initiative de proposer aux proches, qui ne sont pas toujours en mesure d’en exprimer la demande sur le moment, une photographie du défunt. Ainsi des initiatives bien documentées reviennent à des établissements islandais, et notamment au service de maternité de l’hôpital de Reykjavic qui adressait, dès la fin des années 1990, ce message aux patientes ayant perdu leur bébé :

« Votre chagrin et votre sentiment de manque provoqués par la mort de votre enfant iront en diminuant. Mais vous ne souhaiterez pas pour autant oublier le petit être, tant aimé, et vous voudrez chérir sa mémoire. Si vous souhaitez avoir une photographie de votre enfant, l'équipe de l'hôpital sera heureuse de la prendre à votre intention ». En retour les témoignages des parents sont très positifs : « Si je n’avais pas les photos de mon premier bébé, peut-être qu’à force de trop chercher à quoi il ressemblait, je n’aurais cesse de penser à lui et là peut-être que ma fille (enfant puîné) en souffrirait ».

 Pour la France le même type de pratique a vu le jour durant la même décennie 1990, comme en témoignent Maryse Dumoulin et Anne-Sylvie Valattoutes deux médecins dans le service de Pathologie Maternelle et Fœtale du CHRU de Lille, Hôpital Jeanne de Flandre, dans un texte intitulé L’enfant décédé en maternité. Un rituel réinventé. Les réactions sont là aussi positives : « Je vous remercie énormément pour les magnifiques photos de ma petite Charlotte. L’une d’entre elles sera mise sur le monument au cimetière », (Mme C. Mort in utero spontanée à 6 mois ½ de grossesse en 1996).

 Ou encore : « Je vous remercie d’avoir envoyé les photos de mon bébé. Je trouve cette attention très importante pour les mamans dans mon cas qui perdent leur bébé. Son image est la seule chose qui me reste de lui et j’y tiens énormément. Cela me réconforte de pouvoir le regarder quand j’en ai envie. J’espère que vous continuerez cette initiative, comme cela d’autres mamans pourront, comme moi, avoir un tout petit peu de bonheur après un si grand vide », (Mme S. Mort néonatale précoce- 13 heures de vie – à 5 mois de grossesse en 1997).

Joëlle Bolloch

La semaine prochaine : 23 - La mort source d'inspiration pour les artistes 

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12 Juin 2015 - 7:03pm