Dernière image : 3 - Début du portrait photographique

semaine du 2 au 9 février 2015

Conserver la mémoire des traits d’un disparu. Aider les survivants à faire leur deuil. Les fonctions des photographies réalisées après décès sont multiples. Dans cette rubrique nous étudierons les pratiques et usages de ces dernières images.

 Le constat établi dans le texte précédent, à savoir que les masques ou portraits peints de personnes décédées étaient réservés à une élite sociale ou financière, est valable pour le portrait en général. Il reste longtemps l’apanage d’une caste aristocratique, obsédée par le souci de la lignée ou de la bourgeoisie, désireuse de poser pour la postérité. L’apparition de la photographie va venir bouleverser de manière profonde les pratiques dans ce domaine.

 Il est convenu, du moins en France, de considérer que la photographie est née en 1839. Le 7 janvier de cette année, François Arago présente devant l’Académie des sciences de Paris le procédé mis au point par Louis Mandé Daguerre, procédé qui permet de reproduire de manière mécanique, sans intervention manuelle, les images qui se forment dans la chambre obscure. Arago annonce également que l’état français fait don du procédé à l’humanité, en contrepartie Daguerre et les héritiers de Niepce recevront une rente à vie. Ainsi pas de brevet à payer pour les utilisateurs. S’il est très vite utilisé dans de nombreux domaines (architecture, reproduction d’œuvres d’art…), c’est dans celui du portrait que le daguerréotype connaît la plus grande diffusion, ouvrant une période que l'on peut qualifier d'"âge d’or de la représentation de soi ". Ses principaux atouts sont la fidélité de l’image au modèle, la rapidité de l’exécution et le prix de revient relativement modique, en tout cas très inférieur à celui d’un portrait peint. Son principal inconvénient réside dans le fait qu’il s’agit d’une image unique, non reproductible. Il faudra attendre l’arrivée en France du procédé mis au point par le britannique Henry Fox Talbot pour pouvoir, à partir d’une image négative, obtenir des épreuves dans la quantité désirée.

Se rendre chez le photographe reste durant plusieurs années un évènement exceptionnel, réservé aux grandes occasions - communion, mariage, passage à l’armée, entrée à l’université… - mais on y va aussi parfois, tout simplement, pour obtenir un portrait, individuel ou en groupe. Nous sommes alors au milieu du XIXe siècle, une période à laquelle la confrontation avec la mort est chose courante. On meurt plus souvent à la maison, entouré des siens, qu'à l'hôpital. La mort étant familière, la photographie post mortem se répand en même temps que les autres types de portraits.

Joëlle Bolloch

La semaine prochaine: 4- Banalisation rapide du portrait post-mortem

 

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12 Décembre 2014 - 12:04pm