Dernière image : 4 - Banalisation du portrait post-mortem

semaine du 9 au 15 février 2015

Conserver la mémoire des traits d’un disparu. Aider les survivants à faire leur deuil. Les fonctions des photographies réalisées après décès sont multiples. Dans cette rubrique nous étudierons les pratiques et usages de ces dernières images. 

Très rapidement la pratique du daguerréotype post-mortem se banalise, comme en témoignent à la fois la publicité et l’exposition dans les vitrines des photographes, tout autant que des allusions à ces portraits dans la caricature et la littérature. Désiré François Millet, daguerréotypiste bien installé à Paris et dont plusieurs plaques nous sont parvenues, indique sur les étiquettes qu’il appose au verso de ses productions : « […] Le personnel de la maison Millet étant assez nombreux pour répondre à toutes les demandes, il peut se transporter sur tous les points de Paris, des départements et de l’étranger pour former et installer des Elèves, faire des Portraits, reproductions, Vues et Paysages, levées de Tombeaux dans les Cimetières , Eglises et autres Monuments ainsi que les Portraits après Décès, le tout de jour et même de nuit, à l’aide de la lumière électrique ». Une célèbre firme américaine, Southworth et Hawes annonce, dès 1846 : « Notre équipement nous permet de prendre des portraits miniatures d’enfants et d’adultes instantanément, et de personnes décédées soit chez nous, soit chez elles ».

 Le critique Champfleury note dans son Journal qu’il a vu, dans de la vitrine d’un artiste daguerrien installé rue du Pas-de-la-Mule, à Paris, plusieurs portraits accompagnés de commentaires et destinés à attirer l’attention de la clientèle. Ainsi, entre un « Portrait de militaire du faubourg Saint-Antoine partant pour l’armée d’Orient » et celui d’un « Enfant de six ans posant avec une grâce et une intelligence infinie », figurent celui d’une femme « Douce mélancolie » et un portrait après décès ainsi légendé : « Ne dirait-on pas qu’il dort? »

On peut encore citer un passage du Journal des Goncourt : « Elle vit bourgeoisement, maritalement, avec un photographe […] Elle s’est mise à colorier des portraits au stéréoscope et elle réussit […] A un enfant mort elle a ajouté, l’autre jour, des ailes à la gouache. Cela a enchanté la mère qui n’a pas regardé aux frais de paradis pour sa petite défunte ».

 Ce texte, comme la description de la vitrine ou le contenu des textes publicitaires évoqués plus haut, montrent à quel point la pratique était banalisée : ni mise en avant particulière, ni mise à l’écart ou clandestinité comme ce pouvait être le cas pour les photographies érotiques, la mention du portrait post-mortem figure naturellement aux côtés des autres propositions. 

Joëlle Bolloch

La semaine prochaine : 5 - Dernier portrait = premier portrait ?

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12 Décembre 2014 - 4:18pm