Dernière image : 6 - Hypnos et Thanatos, jumeaux…

semaine du 23 février au 1 mars 2015

Conserver la mémoire des traits d’un disparu. Aider les survivants à faire leur deuil. Les fonctions des photographies réalisées après décès sont multiples. Dans cette rubrique nous étudierons les pratiques et usages de ces dernières images.

 Dans la mythologie grecque, Hypnos, dieu du sommeil, et Thanatos, dieu de la mort, sont frères jumeaux, nés de Nyx, la Nuit. Le mot cimetière vient du grec « koimêtêrion » qui signifie le « lieu où l'on dort ». Les expressions qui font de la mort « un profond repos » et du sommeil « un emprunt fait à la mort » sont légion. Aussi n’est-il pas étonnant que, pour fixer le dernier souvenir d’un être cher, la tentation d’entretenir l’illusion soit grande. L’inscription « dernier sommeil » est parfois rajoutée à la main, sans que l’on sache toujours si elle a été apposée par le photographe lui-même ou par un proche du mort représenté.

 Il est avéré que, dans la plupart des cas, c’est le photographe qui se déplace au domicile des défunts, avec son matériel : « J’ai un équipement portatif, conçu pour tenir dans une boîte ou un panier, qui comprend un appareil avec son pied, des boîtes d’enduit » explique Nathan G Burgess qui précise qu’il attend d’être arrivé sur place pour enduire ses plaques afin d’éviter qu’elles prennent la poussière en chemin. Pour la position du cadavre, lorsqu’il s’agit de le montrer comme s’il était endormi, le photographe a peu à intervenir. En effet il va concentrer sa prise de vue sur le visage, reposant sur l’oreiller. Dans les premières décennies qui suivent la naissance de la photographie, c’est essentiellement dans son berceau pour un jeune enfant, ou sur son lit pour un adulte, que sont installés les corps avant la mise en bière. On choisit de les revêtir de leurs plus beaux vêtements, et on les allonge, tout simplement.

Collection particulière.

 Le gros plan sur le visage a plusieurs avantages. D’une part, resserrant l’image sur l’oreiller, il favorise l’illusion du sommeil, d’autant que, le plus souvent, on a pris la précaution de fermer les yeux du défunt. D’autre part, on ne voit pas les membres, les mains notamment qui sont souvent jointes dans une position peu naturelle qui entre en contradiction avec l’image que l’on se fait d’une personne endormie. Si le plan est moins serré, le drap est remonté jusque sous le menton, cachant le haut du corps.

 L’ambiguïté fonctionne plus ou moins bien, le résultat étant fonction de la dextérité du photographe à choisir le bon angle de prise de vue et à jouer de la lumière. Pourtant ce choix de mise en image semble plus judicieux que les quelques tentatives de vouloir restituer une apparence de vie par d’autres moyens : installer le corps assis dans un fauteuil en dépit de la rigidité qui le gagne, ou encore lui maintenir les yeux ouverts…

Joêlle Bolloch

La semaine prochaine : 7- Les enfants morts, typologie des portraits

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12 Février 2015 - 4:37pm