Dernière image : 7 - Les enfants morts, typologie des portraits

semaine du 2 au 8 mars 2015

Conserver la mémoire des traits d’un disparu, aider les survivants à faire leur deuil : les fonctions des photographies réalisées après décès sont multiples. Cette semaine nous nous intéressons aux différentes manière de représenter le dernier sommeil des enfants. 

 La manière de montrer les enfants décédés varie suivant l’âge des jeunes défunts. Dans les premières années qui suivent la naissance de la photographie, lorsque dernier portrait et premier portrait coïncident et que le souhait qui prédomine est d’entretenir l’illusion du sommeil, la mise en image la plus fréquente consiste à montrer le visage en gros plan, reposant sur l’oreiller, les yeux fermés, et ce quel que soit l’âge du sujet.

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 Mais d’autres types d’images existent. Les très jeunes enfants peuvent être placés sur les genoux de la mère, qui pose seule ou accompagnée du père. Parfois, plus rarement cependant, le père seul tient le petit corps ou veille à son chevet. Dans ces photographies, c’est l’observation des proches de l’enfant qui permet de décrypter la scène : tristesse des visages, vêtements de deuil, un mouchoir froissé dans la main ou essuyant les larmes. Lorsque que le bébé mort appartient à une fratrie, les frères et sœurs peuvent figurer auprès de lui.

Quand l’enfant est trop âgé pour être installé sur les genoux des parents, il convient de trouver la meilleure position. Un photographe chevronné témoigne de son expérience à des l’intention de confrères débutants : « […] Il s’agissait d’un garçon d’une douzaine d’années. Il me fallut longtemps pour obtenir que la famille me laisse agir comme je le souhaitais, mais je finis par avoir gain de cause. J’insiste sur ce point, il est primordial : vous devez procéder comme vous l’entendez, dans la mesure où le corps peut être manipulé et plié. Vous pouvez le faire tant que les articulations le permettent, et lui donner une position naturelle.» Père, mère, frères ou sœurs peuvent là encore être présents.

 Certaines images sont particulièrement troublantes. Dans une importante collection de photographies post-mortem rassemblée par un chirurgien américain, figure un daguerréotype montrant deux frères jumeaux, âgés d’une dizaine d’années, l’un est vivant, l’autre mort. Ils sont vêtus de manière identique, la veste ouverte exactement de la même manière sur la chemise. L’un, debout, a les yeux ouverts, mais son regard est tellement vide, tellement stupéfait, que c’est lui qui semble mort. L’autre est allongé, les yeux fermés, les mains croisées sur la poitrine. En regardant cette photographe, on prend conscience de manière très violente, de la distance qui les sépare désormais, pour toujours.

Joëlle Bolloch

Illustration : Collection particulière

La semaine prochaine : 8 - Les adultes morts, typologie des portraits

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La semaine prochaine : Les adultes morts, typologie des portraits

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25 Février 2015 - 9:34am