Dernière image : 9 - Indices involontaires et objets symboliques

semaine du 16 au 22 mars 2015

Conserver la mémoire des traits d’un disparu, aider les survivants à faire leur deuil : les fonctions des photographies réalisées après décès sont multiples. Cette semaine nous nous intéressons aux différentes manière de représenter le dernier sommeil des défunts.

 Un des paradoxes de la photographie post mortem est de chercher, comme on l’a évoqué précédemment, à donner au défunt l’apparence de la vie, tout en intégrant à l’image des éléments qui entrent en contradiction avec cette volonté. La tenue vestimentaire est le premier de ces éléments. Les très jeunes enfants sont montrés allongés dans leur berceau ou sur un lit, vêtus de leurs plus beaux habits, robe de baptême par exemple. On imagine que ces vêtements font l’objet d’une grande attention,  qu’ils sont portés lors de la cérémonie avant d’être rangés  soigneusement et, qu’en tout état de cause, ils ne le sont pas pour dormir. Les proches qui figurent sur les photographies ont souvent revêtu leur tenue de deuil avant de poser. Les défunts adultes, les femmes âgées notamment, ont le visage enserré dans un bonnet dont une bride maintient les chairs et empêche la bouche de s’affaisser... Autant d’indices pour décrypter la photographie et la classer dans la catégorie des photographies après décès !

 Mais les indices peuvent aussi être placés volontairement aux côtés du corps, par le biais d’objets dont la portée symbolique est évidente. Le plus fréquemment, dans les pays de culture chrétienne, un crucifix est placé entre les mains, parfois remplacé par un chapelet, ou une image pieuse, et un cierge brûle à proximité. Quand la connotation religieuse est absente, ce peut être une fleur coupée qui est posée sur le buste, surtout pour des jeunes filles ou des jeunes femmes, tandis qu’un livre ouvert accompagne plutôt  les cadavres masculins…Le temps qui s’est arrêté est évoqué sans équivoque par le biais d’une pendule ou d’une horloge.

 La présence de jouets aux côtés des enfants est  fréquente. Le choix se porte essentiellement sur les poupées pour les filles, avec une codification précise : la fillette repose sur sa couche les yeux fermés tandis qu’à côté d’elle on a placé une poupée dont les yeux sont ouverts.

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 Pour les garçons on trouve plus volontiers un cheval à bascule en vue dans la pièce où repose le corps de l’enfant. Le tambour fait aussi partie de la panoplie des objets associés à la mort. Un daguerréotype réalisé en 1847 dans l’état de New York montre une petite fille âgée d’environ trois ans, un tambour devant elle, attaché autour du cou avec un large ruban rose assorti au rose du vêtement, et une baguette dans chaque main. L’enfant est allongée sur un gros oreiller ou un édredon, les yeux maintenus ouverts, mais l’image a été redressée, de manière à ce qu’elle semble debout. En dépit des efforts manifestes des parents et du photographe, il ne leur a pas été possible de cacher l’évidence de la mort de l’enfant représentée.

Joëlle Bolloch

Illustration : Kasimir Zgorecki, Portrait post mortem, années 1930

La semaine prochaine : 10- Le premier portrait post-mortem connu est … un faux ! 

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13 Mars 2015 - 4:48pm