La mort et ses lieux. L’esthétique des cimetières en Europe (1700-1800). Dixième partie

semaine du 6 au 12 février 2017

Dernier domicile où l’on dort pour un sommeil éternel et lieu où s’assemblent les vivants pour honorer les morts, le cimetière a évolué au fil des siècles.

Comme on l’a observé précédemment, l’Italie connaît les mêmes évolutions funéraires que les autres nations européennes. Les préoccupations hygiénistes dominent et chaque ville développe ses propres cimetières monumentaux, destinés à recevoir les dépouilles, mais aussi à entretenir le souvenir des disparus. Tout d’abord, on assiste à la disparition des anciennes sépultures souterraines. Si le puits sépulcral et la sépulture familiale forment alors le mode d’inhumation privilégiée, le problème se posait pour les sépultures plus nombreuses (notamment en cas d’épidémie). On a vu que la particularité de Naples et de la région environnante réside dans l’utilisation de cimetières souterrains (terre sante, « terres saintes »), sis au-dessous de l’église, et dont la forme dépendait étroitement du plan de celle-ci.

Ces cimetières étaient formés d’un espace divisé en deux par un couloir central. Les espaces ainsi créés étaient à leur tour divisés en espaces de forme rectangulaire (giardinetti, « petits jardins »), que délimitaient des murets ou des planches en bois, où l’on inhumait les corps. Une fois que les cadavres atteignaient la phase de squelettisation, les os étaient exhumés, puis inhumés dans une fosse commune. Il était aussi fréquent d’utiliser les niches logées dans les murs pour favoriser la squelettisation lorsque celle-ci n’était pas entamée. Les corps y étaient disposés assis afin de favoriser l’écoulement de leurs fluides corporels, ceux-ci se déversant dans un trou creusé à cet effet. Lorsque ces cimetières souterrains n’étaient plus en mesure de recevoir d’autres corps car l’espace en était trop saturé, les ossements étaient exhumés et déplacés nuitamment dans d’autres cimetières de ville (cimetière des Fontanelle).

Dès le début du 19e siècle, lois et décrets furent promulgués afin de favoriser le développement de nouveaux cimetières en Italie. Correspondant avec la fin de l’Empire napoléonien, le Royaume des Deux Sicile est traversé par un vaste mouvement de réformes institutionnelles. En matière funéraire, la loi du 11 mars 1817 prévoyait de nouvelles dispositions sur les modes d’ensevelissement des corps : les cadavres devaient être obligatoirement inhumés sous terre et à l’intérieur d’un cercueil. En raison de nombreux aléas historiques, la création des nouveaux cimetières subit quelques ralentissements, mais l’épidémie de choléra qui sévit dans le Royaume (1832) précipita la situation. Le nouveau grand cimetière de Poggioreale fut inauguré en 1836. Etabli d’après le projet original de l’architecte Ferdinando Fuga (1699-1782) à la demande du roi Ferdinando IV Bourbon (1751-1825), ce cimetière représente le premier exemple d’un espace urbain consacré intégralement aux plus démunis.

En effet, ce cimetière avoisinait l’ancien « Cimetière des cholériques » où étaient inhumés tous les morts de choléra, tandis que le cimetière des « Incurables » continuait de recevoir les sépultures des indigents et des malades. Le cimetière de Poggioreale était constitué de deux grandes cours, bordées de murs d’enceinte, où étaient répartis les puits sépulcraux abritant les sépultures les moins chères.

Bérangère Soustre de Condat-Rabourdin

La semaine prochaine : La mort et ses lieux. L’esthétique des cimetières en Europe (1700-1800). Onzième partie

Google news Référence: 
215
5 Février 2017 - 5:28pm