La mort et ses lieux. L’esthétique des cimetières en Europe (1700-1800). Douzième partie

semaine du 20 au 26 février 2017

Dernier domicile où l’on dort pour un sommeil éternel et lieu où s’assemblent les vivants pour honorer les morts, le cimetière a évolué au fil des siècles.

Lieu de repos éternel, mais aussi de rencontre permanente entre les morts et les vivants, le cimetière est aussi -  voire surtout – un lieu de vie. Tout d’abord parce qu’on y célèbre les solidarités villageoises au travers de rites et de croyances qui assurent la cohésion sociale et l’appartenance au groupe. Cérémonies, rites et célébrations de tous genres permettent aussi à la communauté d’affirmer son identité et sa culture au regard des communautés voisines. Parmi les grandes célébrations, la fête des morts occupe une place privilégiée avec le déplacement des villageois au cimetière, les prières collectives et la commémoration des ancêtres disparus. 

La place accordée aux rites de mort dans les sociétés traditionnelles renvoie plus largement à ce qu’affirmait Louis-Vincent Thomas, dans ses Rites de mort (1985), à propos de la relation qu’entretiennent les sociétés humaines à la dépouille mortelle. Celui-ci affirmait en effet que « le corps mort n’est pas le cadavre-objet, mais la personne qui se survit ».

Aussi, loin de constituer un lieu d’oubli, le cimetière devient le haut-lieu où l’on célèbre la mémoire de ceux qui furent. L’ensemble des rites voués à appréhender la mort, à retarder le processus de détérioration du cadavre s’inscrivent ainsi dans une dynamique de rapport au monde et à la temporalité.

C’est la raison pour laquelle, de tous temps et en tous lieux, des sociétés et des espaces différents ont adopté des rites qui, au-delà de leur variété, sous-tendent la même nécessité d’aller plus loin que la transformation physique du corps. En ce sens, les rituels répondent au besoin intrinsèque de toute société humaine de se doter de rites qui exorcisent la peur du néant au travers de célébrations pour commémorer le défunt, son corps et son âme. Dans les villages d’autrefois, un moment important était représenté par les convois funèbres, mais aussi par le recueillement sur la tombe des défunts.

Rites et cérémonies doivent se dérouler cependant dans un lieu dont l’organisation répond aux exigences de la législation en vigueur. Afin d’empêcher que le cimetière soit envahi par les animaux, il devient obligatoire qu’il soit entouré d’un mur d’enceinte, en pierre, en grès ou en briques. La législation communale oblige à l’entretien de l’enceinte, et des haies bordant les cimetières. Concernant la répartition des sépultures, celles-ci doivent être strictement individuelles, le décret impérial de 1804 interdisant l’emploi des fosses communes pour des raisons de salubrité publique.

Dans les villages, comme ailleurs dans les villes, ce principe est de rigueur. Observons cependant que ces changements ont des conséquences significatives sur la taille des anciens cimetières ruraux qui tendent à croître tout au long du 19e siècle, changement dû à la croissance démographique des populations rurales à l’époque considérée.Lorsque l’agrandissement du cimetière est irréalisable en raison de l’exiguïté des lieux, on le déplace tout bonnement à l’extérieur du village, généralement à proximité des champs. 

Bérangère Soustre de Condat-Rabourdin

La semaine prochaine : La mort et ses lieux. L’esthétique des cimetières en Europe (1700-1800). Treizième partie

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19 Février 2017 - 9:10pm