La mort et ses lieux. L’esthétique des cimetières en Europe (1700-1800). Huitième partie

semaine du 23 au 29 janvier 2017

Dernier domicile où l’on dort pour un sommeil éternel et lieu où s’assemblent les vivants pour honorer les morts, le cimetière a évolué au fil des siècles.

L’évolution qui s’amorce dès les débuts du 19e siècle à Paris, s’étend progressivement à l’ensemble des grandes capitales européennes. Les grandes lignes d’organisation des espaces funéraires y sont à peu près identiques, même s’il existe quelques particularismes régionaux étroitement liés d’une part au gout esthétique, d’autre part à des aspects davantage techniques : choix des matériaux pour la réalisation des monuments funéraires, secteurs liés aux activités funéraires etc.

Il existe néanmoins une autre dimension essentielle de la « révolution funéraire » qui s’amorce au début du siècle : le rôle des cultes religieux. Aussi, si en France, on assiste progressivement à la montée de la désacralisation des rites funéraires avec la laïcisation conséquente de la mort, d’autres nations – dont l’Italie, l’Angleterre ou encore le Portugal – demeurent liées aux pratiques et aux croyances religieuses. En Angleterre, l’organisation des inhumations est étroitement liée au poids de l’église anglicane dans la société civile. Dans la majorité des cas, les inhumations sont effectuées dans les cimetières attenants l’église paroissiale (churchyards).

Un document permet d’évaluer le nombre des lieux de sépulture pour la seule ville de Londres. Aussi, le Supplementary Report to Parliament on the Practice of Interment in towns (Edwin Chadwick, 1843) dénombre-t-il de nombreux espaces de sépulture pour chaque culte, dont :

174 cimetières paroissiaux ;

2 cimetières épiscopaliens ;

2 cimetières presbytériens ;

3 cimetières catholiques

4 cimetières juifs

6 cimetières réservés aux indigents (General Burial-Grounds).

Ici comme en France, les préoccupations sanitaires ont joué un rôle essentiel dans l’aménagement des grands cimetières urbains. Dès 1848, la commission gouvernementale de santé publique dénonce les problèmes liés à la présence insalubre des cimetières paroissiaux avec leurs miasmes pestilentiels ou encore la proximité malsaine des cadavres près des habitations.

Concernant les populations les plus démunies de la société anglaise, celles-ci bénéficient des lois sur les indigents (Poor laws) qui prévoient – entre autres – que ces derniers soient inhumés gratuitement dans les cimetières paroissiaux ou dans les charniers urbains (charnel houses). Par ailleurs, la législation anglaise permet le développement d’initiatives privées favorisant la création des cimetières privés. De nombreuses sociétés à capital social sont créées un peu partout dans le pays sur le modèle de la General Cemetery Company (1837).

A partir de 1833, Londres se dote de cimetières-jardins aux environs de la capitale. Pourvus de paysages savamment organisés autour du tryptique buissons/chemin sinueux/paysage verdoyant, ils véhiculent un modèle esthétique dans les racines puisent à la fin du 18e siècle.

En parallèle des initiatives privées à l’initiative de la création de cimetières privés à l’extérieur de l’agglomération londonienne, les pompes funèbres connaissent alors un essor considérable.

Chargées de l’organisation des funérailles dans tous ses détails techniques (préparation et transport du corps, fourniture de costumes et/ou accessoires), administratifs (mise en relation avec les institutions religieuses et locales) ou encore accompagnement des familles, les pompes funèbres sont souvent des petites entreprises familiales, bien insérées dans le tissu local urbain. A quelques exceptions près, la majorité de ces maisons spécialisées ne fournissent pas le cercueil, réalisé ailleurs par des entreprises spécialisées et fournissant un service en sous-traitance aux pompes funèbres.

 Bérangère Soustre de Condat-Rabourdin

La semaine prochaine : La mort et ses lieux. L’esthétique des cimetières en Europe (1700-1800). Neuvième partie

Google news Référence: 
378
22 Janvier 2017 - 10:36am