La mort et ses lieux. L’esthétique des cimetières en Europe (1700-1800). Neuvième partie

semaine du 30 janvier au 5 février 2017

Dernier domicile où l’on dort pour un sommeil éternel et lieu où s’assemblent les vivants pour honorer les morts, le cimetière a évolué au fil des siècles.

Comme on l’a précédemment observé, les innovations en matière d’hygiène et d’urbanisme introduites à Paris avec la création des cimetières monumentaux se sont élargies progressivement à l’ensemble des nations européennes. Or, lois et décrets ne concernent qu’une part importante de ce vaste mouvement qui fut à la fois juridique et esthétique. En France, de nombreux traités d’architecture témoignent des débats en matière d’architecture funéraire et de ses implications avec les questions d’urbanisme. En 1769, l’architecte Pierre Patte (1723-1814) publie ses Mémoires sur les objets les plus importants de l’architecture dans lesquelles il soutient l’importance de l’édification des cimetières extra-urbains conjuguant les impératifs de la politique hygiéniste et ceux de l’Eglise.

Une floraison de manuels voit alors le jour un peu partout en Europe. En Italie, le théoricien de l’architecture Francesco Milizia (1725-1798) consacre notamment un chapitre de ses Principi di architettura civile (1781) à la question des cimetières urbains. Dans ce vaste chantier d’idées, certains architectes et urbanistes proposèrent des solutions innovantes en matière d’architecture funéraire. C’est le cas en particulier du Royaume des Deux Sicile qui se dota, en 1817, de la Magistrature suprême de Santé publique. Formé de dix députés et d’un secrétaire pour le Royaume de Naples, et de six députés et d’un secrétaire pour le Royaume de Sicile, cet organe de la monarchie était chargé, entre autres, de veiller aux conditions hygiéniques liées aux techniques de conservation des cadavres utilisées sur le continent et en Sicile. A Naples, au 18e siècle, les cimetières étaient localisés principalement sous les édifices religieux (paroisses, couvents etc.).

On dénombre différents modes d’inhumations, dont les plus répandues étaient les sépultures collectives :

Le puits sépulcral : formé d’une fosse de quelques mètres de profondeur, les cadavres y étaient disposés nus, parfois dans des cercueils, les uns sur les autres à l’intérieur de niches. Celui-ci était fermé par une table de bois ou une dalle en marbre ;

La sépulture de famille disposée généralement à proximité d’une chapelle au sein d’un édifice cultuel.

Mais les comptes rendus des premiers médecins inspecteurs dénombrent d’autres lieux d’inhumation et des techniques en usage pour conserver les corps. Pour Naples et la région napolitaine, ils évoquent notamment l’utilisation de sépultures, situées sous les églises urbaines, ouvrant par des petites ouvertures à hauteur des rues (terrasante).Dans ce mode d’inhumation et de technique de conservation, les cadavres étaient inhumés à faible profondeur et recouverts de quelques pelletées de terre. Parvenus à l’état de putréfaction, ils étaient déplacés à l’intérieur de niches pour atteindre la squelettisation. Enfin, certains os longs et les crânes étaient exposés comme ornement sur des consoles. Or, la présence des cadavres à l’intérieur de la ville n’était pas risques sanitaires et les autorités optèrent rapidement pour la création de cimetières extra-urbains et la fermeture définitive des cimetières souterrains.

Bérangère Soustre de Condat-Rabourdin

La semaine prochaine : La mort et ses lieux. L’esthétique des cimetières en Europe (1700-1800). Dixième partie

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29 Janvier 2017 - 7:51pm