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semaine du 18 au 24 décembre 2017

Conserver la mémoire des traits d’un disparu. Aider les survivants à faire leur deuil. Les fonctions des photographies réalisées après décès sont multiples. Dans cette rubrique nous étudions les pratiques et usages de ces dernières images.

Dernière image : 1 - Introduction

 Grace, le personnage interprété par Nicole Kidman dans le film  Les autres d’Alejandro Amenabar découvre dans le grenier d’étranges images. Il s’agit de photographies montrant des personnes décédées dont on comprend que ce sont les anciens occupants de la maison. Cet épisode contribue à faire monter l’angoisse qu’éprouve  la jeune femme, et par suite, le spectateur. En 2001, date de sortie du film, le sujet de la photographie post mortem est sinon tabou, du moins peu connu du grand public. Questions et réflexions se bousculent : c’est morbide !  pourquoi faisait-on ces photos ? qu’en faisait-on ? qui les regardait ?

 L’année suivante le musée d’Orsay, à Paris, programmait une exposition intitulée « Le Dernier portrait » qui traitait de la représentation des défunts, avec tous les moyens mis à la disposition des survivants désireux de garder la trace d’un proche disparu. On pouvait y voir des masques mortuaires, moulés directement sur le visage du mort ; des dessins, des esquisses  réalisés au chevet du défunt ; des tableaux, souvent peints à partir de ces rapides croquis ; et une section consacrée à la photographie.

Cette exposition a connu un grand succès, la presse l’a largement commentée.  La pratique du masque et du tableau était connue, une grande partie des pièces rassemblées étaient issues de collections de musées ou d’institutions ; mais les portraits photographiques post-mortem ont constitué pour beaucoup une découverte, à l’exception de quelques-uns concernant des personnalités célèbres photographiées sur leur lit de mort, Victor Hugo ou Marcel Proust. Dans son ensemble le public  était ignorant de cette pratique, ou, quand il en avait connaissance pensait qu’elle concernait une époque révolue.

 Les études, les publications qui  se sont multipliées au cours de la dernière décennie montrent qu’il n’en est rien. La photographie des défunts est née avec le médium, au milieu du XIXème siècle, a été pratiquée sans limites géographiques, essentiellement  toutefois sur les continents européen et américain. C’est son évolution, qui va de pair avec celle des procédés photographiques et celle des mentalités, qui va faire l’objet de cette rubrique que vous retrouverez régulièrement. Seront abordés tout à la fois les questions des pratiques, des usages et des fonctions de ces portraits après décès.

Joëlle Bolloch

Dernière image : 2 - Masques, dessins, tableaux…

Les sources de la tradition du dernier portrait, du moins en Occident, sont à chercher à la fois du côté des pratiques publiques concernant les grands de ce monde, rois, hommes et femmes d’église, et du côté de celles, d’ordre privé, concernant les bourgeois aisés.

Dernière image : 3 - Début du portrait photographique

Le constat établi dans le texte précédent, à savoir que les masques ou portraits peints de personnes décédées étaient réservés à une élite sociale ou financière, est valable pour le portrait en général. Il reste longtemps l’apanage d’une caste aristocratique, obsédée par le souci de la lignée ou de la bourgeoisie, désireuse de poser pour la postérité. L’apparition de la photographie va venir bouleverser de manière profonde les pratiques dans ce domaine.

Dernière image : 4 - Banalisation du portrait post-mortem

Très rapidement la pratique du daguerréotype post-mortem se banalise, comme en témoignent à la fois la publicité et l’exposition dans les vitrines des photographes, tout autant que des allusions à ces portraits dans la caricature et la littérature.

Dernière image : 5 - Dernier portrait, premier portrait ?

La photographie naît à une époque où la mortalité infantile est élevée. En 1840, pour 1000 naissances d’enfants vivants, 162 meurent avant d’atteindre leur première année, le pourcentage reste à peu près identique jusqu’à la fin du siècle, avec une augmentation significative en 1870 (201 pour 1000), il descendra ensuite progressivement au cours du siècle pour se stabiliser à environ 4,4 % aujourd’hui. Les maladies infantiles font des ravages, de nombreuses femmes meurent en couches, et des épidémies sévissent dans la population adulte.

Dernière image : 6 - Hypnos et Thanatos, jumeaux…

 Dans la mythologie grecque, Hypnos, dieu du sommeil, et Thanatos, dieu de la mort, sont frères jumeaux, nés de Nyx, la Nuit. Le mot cimetière vient du grec « koimêtêrion » qui signifie le « lieu où l'on dort ». Les expressions qui font de la mort « un profond repos » et du sommeil « un emprunt fait à la mort » sont légion.

Dernière image : 7 - Les enfants morts, typologie des portraits

La manière de montrer les enfants décédés varie suivant l’âge des jeunes défunts. Dans les premières années qui suivent la naissance de la photographie, lorsque dernier portrait et premier portrait coïncident et que le souhait qui prédomine est d’entretenir l’illusion du sommeil, la mise en image la plus fréquente consiste à montrer le visage en gros plan, reposant sur l’oreiller, les yeux fermés, et ce quel que soit l’âge du sujet.

Dernière image : 8 - Les adultes morts

les adultes sont montrés seuls, ou en compagnie de proches qui les veillent.  Il ne s’agit de considérer ici que les décès naturels, des suites de maladie, ou simplement de vieillesse, à l’exclusion de toute mort violente - accidentelle,  criminelle, ou encore survenue au cours de conflits - qui relève d’une autre catégorie.  

Dernière image : 9 - Indices involontaires et objets symboliques

Un des paradoxes de la photographie post mortem est de chercher, comme on l’a évoqué précédemment, à donner au défunt l’apparence de la vie, tout en intégrant à l’image des éléments qui entrent en contradiction avec cette volonté. La tenue vestimentaire est le premier de ces éléments. 

Dernière image : 10 - Le premier portrait est…un faux !

En 1840, Hyppolyte Baryard réalisa le premier portait post-mortem. Il s'agissait d'un faux qu'il assuma avec humour.  

Dernière image : 11 - Le travail sur la lumière

Avant et pendant la prise de vue, les photographes ont tous les pouvoirs. ils décident de la mise en scène du défunt et de l' éclairage. 

Dernière image : 12 - Comment photographier les défunts

Photographier un défunt est un devoir pénible. Des photographes témoignent.

Dernière image : 13 - Le tournant des années 1880

Dans les années 1880, les photographes cessent de jouer sur l'ambiguïté entre la mort et le sommeil. 

Dernière image : 14 - Usage intime et mémoire collective

Les photographies sont réalisées à l’initiative des proches et conservées au sein des familles. Lorsqu’il s’agit d’un daguerréotype, il peut être gardé tel quel. En France il est généralement encadré mais dans les pays anglo-saxons il prend place dans un écrin, plus ou moins luxueux, dont l’intérieur est garni de velours rouge. 

Dernière image : 15 - Les exigences des défunts illustres

Lorsque le mort est un individu célèbre, une personnalité connue du public de par ses fonctions, la photographie post mortem ne répond pas aux mêmes besoins et aux mêmes exigences que dans le cas des anonymes. L’image n’est pas destinée à un usage intime, mais elle entre dans la sphère publique et participe à l’hommage rendu au disparu.

Dernière image : 16 - Panthéon des écrivains

De Victor Hugo à Marcel Proust, de nombreux écrivains ont été photographiés sur leur lit de mort.

Dernière image : 17 - Petit Panthéon des artistes

D' Ingres à Rodin, de nombreux plasticiens ont été photographiés sur leur lit de mort. 

Dernière image : 18 - Petit Panthéon des politiciens

D' Adolphe Thiers à Mao Zedong, de nombreux hommes politiques ont été photographiés sur leur lit de mort.

Dernière image : 19 - Petit Panthéon des gens d’église

Du curé d'Ars mort en 1859 à Jean Paul II en 2005, de nombreux ecclésiastiques ont été photographiés sur leur lit de mort.

Dernière image : 20 - Premier procès pour le droit à l’image

La publication sans autorisation de photographies post mortem a provoqué de nombreux conflits tranchés par la justice.

Dernière image : 21 - Retour d'une pratique ancienne

Tombée en désuétude pendant des décennies, la photographie post-mortem redevient à la mode. 

Dernière image : 22 - La pratique chez les soignants

Tombée en désuétude pendant des décennies, la photographie post-mortem redevient à la mode, y compris dans des maternités.

Dernière image : 23 - Renouveau artistique

Tombée en désuétude pendant des décennies, la photographie post-mortem redevient à la mode et inspire les artistes.

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11 Mars 2016 - 2:36pm