Un dimanche à Auschwitz-Birkenau

semaine du 23 février au 1 mars 2015

Le 70e anniversaire de la "libération" par l'armée soviétique - le 27 janvier 1945 - des camps de la mort d'Auschwitz-Birkenau a donné lieu à de nombreuses commémorations et cérémonies en France et dans le monde. A l'initiative des Nations Unies, la date du 27 janvier est devenue "Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste". Mardi 27janvier, le président de la République M. François Hollande a prononcé une allocution au Mémorial de la Shoah, à Paris, avant de rejoindre Auschwitz-Birkenau dans l'après-midi pour participer à la commémoration de la libération du camp. Chaque année, le Mémorial organise des voyages de mémoire d'une journée sur le site d'Auschwitz-Birkenau. Un de nos journalistes a participé à la visite du 25 janvier. Voici son témoignage.

70e anniversaire

de la « libération » des camps

A l'occasion de cette commémoration, le Mémorial de la Shoah organise un cycle de manifestations qui va s’étendre sur plusieurs mois. Voici une sélection pour les prochaines semaines.

 

Jeudi12 février

A 19 heures. Lecture : Ecorces.

Un récit-photo en forme de témoignage et d'interrogatin sur le devenir d'Auschwitz-Birkenau  de Georges Didi-Huberman.

 

Dimanche 15 mars

A 14 h 30. Rencontre : Les philosophes face à "Auschwitz".

Peut-on philossopher sur "Auschwitz"? Peut-on philosopher après "Auschwitz"?

 

Dimanche 22 mars

A 14 et 16  heures. Témoignages : La "libération" des derniers camps.

En avril et mai 1945, les alliés découvrent les camps de Bergen-Belsen, de Buchenwald, de Dachau, de Theresiensstadt, de Mauthausen, de Gross-Rosen.

 

Dimanche 29 mars

Rencontre : Le génocide des Sinti et Rom, histoire et mémoire.

A 14 heures. La spécificité de la politique et de l'extermination raciale dans le Grand Reich et dans les territoires de l'est (1933-1945).

A 15 h 30. Témoignages. Rita Prigmore et Raymond Gurême.

A 17 heures. Historiographie et combats pour la reconnaissance de l'internement et de l'extermination des Sinti et des Rom en Europe.

 

Le jour de la commémoration du 70e  anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau par l’armée soviétique, une atmosphère de guerre froide s’est installée entre le gouvernement polonais - organisateur des cérémonies - et la Russie dont les soldats ont mis fin au martyre des déportés survivants. La neige tombée en abondance dimanche autour de Cracovie n’était en rien responsable de ce coup de gel dans les relations entre les deux pays. Vladimir Poutine avait fait savoir qu’il ne participerai pas à la commémoration sous le prétexte qu’il n’avait pas été officiellement invité par la Pologne. Or, Varsovie n’avait envoyé aucun carton d’invitation à aucun chef d’Etat du monde. L’affaire aurait pu s’arrêter là, mais le ministre des affaires étrangères polonais M. Grzegorz Schetyna avait cru devoir jeter de l’huile sur le feu en affirmant que « ce sont des soldats ukrainiens (et non pas russes) qui ont ouvert les portes du camp, ce sont eux qui l’ont libéré ». En pleine crise ukrainienne, ces affirmations laissaient dubitatifs les historiens. La réaction russe n’avait pas tardé. Le ministère des affaires étrangères avait répondu en rappelant que « toutes les nationalités combattaient au sein de l’Armée rouge », ajoutant « Il faut cesser de se moquer de l'Histoire et dans cette hystérie antirusse, il y a un manque de respect à la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour la libération de l'Europe ». Finalement, le président polonais dans son allocution a tenu à remercier chaleureusement l'action libératrice des soldats soviétiques, mettant fin provisoirement à ce conflit des mémoires. Une quarantaine de chefs d'Etats dont François Hollande et Angela Merkel ont participé aux cérémonies.

 Cette polémique entre Etats était vraiment mal venue. Nul doute qu’elle avait dû heurter les convictions des dirigeants du Musée Auschwitz-Birkenau qui avait fait savoir qu'ils dédiaient la commémoration aux déportés survivants dont 300 devraient faire le déplacement. Pour rendre hommage aux victimes, le Mémorial de la Shoah organise chaque année des visites de mémoire d'une journée dans le camp de concentration et le centre de mise à mort où les nazis ont assassiné un million de juifs. Dimanche 25 janvier, deux avions affrétés pour la circonstances ont transporté près de 400 personnes à Auschwitz. Les organisateurs avaient donné rendez-vous aux "voyageurs mémoriels" à 5 heures à l'aéroport de Roissy. Décollage à 7 h 30 pour une arrivée à Cracovie à 9 h 30. Encore une heure de bus et voici Auschwitz, Oswiecim en polonais, la ville moderne, cernée d'hypermarchés aux noms bien français et d'entreprises de restauration rapides venues des Etats-Unis. Encore quelques kilomètres, et on devine les premières constructions en brique du site, derrière la brume blanche et le rideau de flocons.Tout le monde descend. 

Des lycéens de Janson-de-Sailly côtoient des élus municipaux venus en grand nombre. Mme Anne Hidalgo, maire de Paris, conduit une importante délégation de conseillers municipaux et de maires d’arrondissements. Pour la circonstance, les élus ont mis en sourdine leurs divergences politiques. Toutes les formations de gauche et de droite sont représentées. Mme Nathalie Kosciusko-Morizet et ses amis de l'UMP évitent de se mêler à leurs collègues socialistes. Scindés en plusieurs groupes, encadrés par des bénévoles du Mémorial de la Shoah, la visite commence par le camp d' Auschwitz II (Birkenau), sous la neige.

 

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A Birkenau, le centre de mise à mort d'Auschwitz, les convois de juifs arrivaient de l'Europe entière. Terminus sur " la rampe des juifs". La plupart du temps, les déportés étaient immédiatement assassinés dans les chambres à gaz, puis incinérés dans des fours crématoires ou à l'air libre. Quelquefois, des sélections permettaient à quelques individus valides d'échapper à la mort. Ils servaient de main d'oeuvre aux nazis.

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Près des ruines de la chambre à gaz et des fours crématoires, se trouve le Monument international à Birkenau. Dimanche  25 janvier 2015, au nom de la ville de Paris et de son conseil, Mme Anne Hidalgo a procédé au dépôt d'une gerbe tricolore. Dans un discours, elle a rappelé combien la lutte contre l'antisémitisme et le racisme restait d'actualité, après les attaques contre Charlie Hebdo et l'épicerie Casher, au début du mois de janvier. 

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L'après-midi est consacrée à la visite d'Auschwitz I qui est devenu un musée d'Etat après la guerre. On pénètre dans le camp après avoir franchi une barrière qui porte l'inscription suivante "Arbeit macht frei"  (le travail rend libre).

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La visite se termine par la visite du musée. Tout le monde rejoint les bus à 17 h 30.  Direction l'aéroport de Cracovie. Décollage à 21 H 30. Arrivée à Roissy à 23 h 30. Mission remplie pour le Mémorial de la Shoah. Trois autres voyages de mémoire sont programmés : le 8 février, le 15 mars, le 22 mars. Il resterait encore quelques places disponibles.

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23 Janvier 2015 - 10:40am

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