« L’Assemblée détruit le régime féodal »

Ça s'est passé un 

4 Août 1789

Trois semaines après la prise de la Bastille par le peuple un vent de panique souffla sur les campagnes françaises. Des « brigands » - bien souvent des paysans – imitèrent les Parisiens et prirent d’assaut les châteaux des nobles, symboles de l’oppression, avec l’objectif d’abattre l’ancien régime féodal, toujours en vigueur malgré la révolution politique de juin qui avait conduit à l’instauration d’un régime parlementaire. Les ruraux détruisirent les archives et les registres seigneuriaux, souvent rédigés plusieurs siècles auparavant, qui répertoriaient la nature et le montant des redevances auxquels ils étaient soumis. Bien souvent, ils incendièrent ensuite les propriétés des privilégiés y compris celles appartenant aux bourgeois. Une Grande Peur enveloppa la France. Révolutionnaires et monarchistes s’accusaient mutuellement d’être responsables de ces événements qui menaçaient la sacro-sainte « propriété privée ». A Paris, les troubles épouvantèrent les députés de l’ Assemblée nationale constituante. Le 1er août, Ils élurent président Thouret, un modéré du tiers état rallié aux aristocrates, par 406 voix contre 402 à Sieyès, l’homme de la révolution alors. Des manifestations à Paris le poussèrent à la démission. Le Chapelier, un parlementaire résolu, lui succéda. Le 3 août un débat s’engagea sur la situation insurrectionnelle dans les provinces. Un député apeuré résuma le point de vue des nobles en s’exclamant : « C’est la guerre des pauvres contre les riches ».

Le lendemain 4 août, la discussion reprit. Le président donna lecture d’un projet pour ramener le calme dans le pays. Le soir tombait quand le vicomte de Noailles, un ancien représentant de la noblesse aux états-généraux, demanda la parole. Son discours, inattendu de sa part, fit sensation : « Comment établir le gouvernement ? Par la tranquillité publique. Comment l’espérer, cette tranquillité ? En calmant le peuple. Pour parvenir à cette tranquillité si nécessaire, je propose :

« - 1 – Qu’il soit dit que les représentants de la nation ont décidé que l’impôt serait payé par tous les individus du royaume, selon la proportion de leurs revenus.

« - 2 – Que toutes les charges publiques seront à l’avenir supportées également par tous.

« - 3 – Que tous les droits féodaux seront rachetables par les communautés en argent, ou échangés sur le prix d’une juste estimation, c’est-à-dire d’après le revenu d’une année commune prise sur dix ans de revenus.

« - 4 – Que les corvées seigneuriales, les mainmortes et autres servitudes personnelles seront détruites sans rachat ».

 De nombreux députés doutèrent de la sincérité du vicomte de Noailles. Chacun savait qu’il ne possédait aucune fortune. Son sacrifice ne lui coutait rien. Mais, la surprise fut grande quand le duc d’Aiguillon soutint la proposition de son collègue. Il passait pour le seigneur le plus riche en droits seigneuriaux après Louis XVI. Certes, il ne réclamait pas l’abolition pure et simple des droits féodaux mais leur rachat. Les députés accueillirent néanmoins les propositions des deux nobles par des cris d’enthousiasme. Brissot évoqua « un sentiment généreux s’emparant des âmes de tous les privilégiés. » Cette nuit-là, les députés abattirent le régime féodal. Le clergé renonça également à ses privilèges dont la dîme, tant détestée par le peuple. Les provinces et les villes abandonnèrent également leurs avantages accordés depuis des siècles par la monarchie pour « s’associer au régime nouveau », voulu par la nation. Plusieurs autres séances furent nécessaires les jours suivants et notamment le 11 août pour rédiger les décrets avalisant les décisions prises la folle nuit du 4 août qui abolit la féodalité, les privilèges et la vénalité des charges et proclama l’égalité civile (pour les hommes) et fiscale

 L’événement - prodigieux, il est vrai - rendit lyrique Jules Michelet. Dans son Histoire de la Révolution française il conclut en forme d’apothéose : « La nuit était avancée, il était deux heures. Elle emportait, cette nuit, l’immense et pénible songe des mille ans du Moyen Age. L’aube qui commença bientôt était celle de la liberté. Depuis cette merveilleuse nuit, plus de classes, des Français ; plus de provinces, une France. Vive la France ! »

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4 Juillet 2016 - 8:34am

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