Échec d'une insurrection révolutionnaire

Ça s'est passé un 

12 Mai 1839

Pourchassés par la police de la « Monarchie de Juillet », les militants du mouvement républicain contestaient l’ordre social et politique dans la clandestinité. Influencées par la société italienne des Carbonari et ralliées aux formes de lutte prônées par Gracchus Babeuf pendant la Révolution française, plusieurs organisations secrètes virent le jour dans les années 1830, à l’initiative notamment d’Auguste Blanqui, un des précurseurs du communisme. Ce dernier fonda tour à tour les « Cercles républicains » puis la « Société des Amis du peuple », la « Société des Droits de l’Homme ». Opposants résolu à « la monarchie de juillet » et au roi Louis-Philippe, il multiplia les proclamations, manifestations, complots. Arrêté pour « atteinte à la sureté de l’Etat », ou pour des « délits de presse » ou des « incitations à la violence », il accumula les condamnations à la prison : 1 mois en 1830, 1 an en 1832, 8 mois en 1836. En 1837, Blanqui fonda avec Armand Barbès et Martin Bernard la Société des saisons. Malgré son titre bucolique, la société était une association républicaine de tendance jacobine. L’organisation adopta une structure pyramidale. Les militants étaient regroupés au sein de groupes d’actions baptisés semaines (six hommes et un chef), mois (quatre semaines soit 24 hommes et 4 chefs), saisons (trois mois soit 102 hommes), années (quatre saisons, soit 408 hommes). En 1839, au moment de son apogée, la Société des saisons pouvait mobiliser trois années à Paris, soit le chiffre de 1200 militants décidés. En avril-mai 1839 une crise ministérielle et parlementaire créa l’illusion d’une vacance du pouvoir au sommet de l’Etat. 

Les trois chefs du mouvement crurent que le pouvoir était à prendre. Ils tentèrent un coup de force le 12 mai 1839. A 14 heures, ils lancèrent leur troupe à l’assaut des principaux édifices publics de la capitale. Armés de fusils, les 1200 insurgés investirent les rues Saint-Denis et Saint-Martin. Ils réussirent dans un premier temps à pénétrer dans le Palais de justice et dans l’Hôtel de ville où Barbès prononça une allocution dont l’extrémisme effraya l’auditoire. En revanche, ils échouèrent à occuper la Préfecture de police. L’opération ne pouvait réussir que si le peuple de Paris se joignait aux rebelles. Mise devant le fait accompli, la population se garda bien d’apporter son soutien en dressant des barricades. Une rapide et violente répression militaire vint à bout de l’insurrection, mal préparée et exécutée en dépit du bon sens. On releva 77 tués et 51 blessés du côté des insurgés et 28 morts et 62 blessés parmi les militaires. Blessé, Barbès fut arrêté le jour même. En fuite, Bernard réussit à échapper à la police pendant seulement cinq jours. Blanqui tomba dans les mailles du filet policier après une traque de cinq mois.

 Les jours suivants, la police procéda à 750 interpellations. Bernard fut condamné à la déportation et Barbès et Blanqui à la peine de mort. Une condamnation commuée en déportation dans la prison d’Etat du mont Saint-Michel. Bernard recouvra la liberté en 1844 et ses deux compagnons en 1848 lors de la révolution de février.

J.-P.G.

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25 Avril 2017 - 6:29pm