168 tués dans l’attentat d’Oklahoma City

Ça s'est passé un 

19 Avril 1995

En ce matin de printemps, à Oklahoma City (capitale de l’Etat américain de l’Oklahoma) plusieurs centaines d’employés se rendaient comme de coutume à leur travail dans un bâtiment de neuf étages situé au cœur de la ville. L’immeuble imposant, baptisé Alfred P. Murrah, appartenait à l’Etat fédéral. Il abritait plusieurs administrations dépendant de Washington : les antennes régionales de la sécurité sociale, les services secrets, la police d’Etat (FBI), les agences de lutte contre la drogue (DEA), les bureaux de recrutement pour l’armée. Une crèche installée dans un des étages accueillait les jeunes enfants des parents travaillant dans l’édifice. A l’heure de l’ouverture, des centaines de visiteurs se pressaient également dans le hall d’entrée et les couloirs. A 9 h 02, une violente explosion détruisit un tiers du bâtiment. On entendit le bruit de la détonation à 90 kilomètres de là. Les sismographes enregistrèrent une secousse de 3 sur l’échelle de Richter, soit l’équivalent d’un petit séisme. 324 bâtiments subirent également des dégâts dans un rayon de plusieurs kilomètres. Les secours affrontèrent une situation apocalyptique : au milieu des gravats, sous les planchers effondrés, ils récupèrent les corps disloqués de 168 victimes dont ceux d’une vingtaine d’enfants tués dans la garderie. Les hôpitaux furent rapidement débordés par l’afflux de 680 blessés. Les enquêteurs arrivés sur les lieux écartèrent vite la piste de l’accident provoqué par une explosion de gaz.

 Il s’agissait d’un attentat. Ils reconstituèrent le scénario de l’attaque. Les terroristes avaient fait exploser un camion bourré de 2,2 tonnes d’explosifs et de carburant, soit équivalent à 2,3 tonnes de TNT, dans la zone de livraison des marchandises de l’immeuble, situé sous la crèche. Qui étaient les auteurs de ce crime ? Pendant les premières heures qui suivirent l’attentat, les médias évoquèrent la piste islamiste. Deux ans plus tôt à New York, le 26 février 1993, un attentat quasiment similaire, perpétré contre le World Trade Center, avait causé la mort de 6 personnes et en avait blessé plus de 1000. Comme à Oklahoma City, les terroristes avaient fait exploser un véhicule piégé dans le parking du gratte-ciel. L’enquête attribua l’attentat à Al-Qaïda, un groupe alors inconnu du grand public, dont on reparlera quelques années plus tard. Il s’ensuivit une véritable hystérie collective. Des musulmans furent agressés sans raison dans les rues de plusieurs villes américaines. A Oklahoma City, les policiers étudièrent toutes les hypothèses, notamment la piste des trafiquants de drogue et celle de l’extrême-droite américaine hostile à l’Etat fédéral.

 La chance vint à leur secours. A peine une heure trente après l’attentat, des policiers en faction à la sortie de la ville arrêtèrent un homme au volant d’un véhicule sans plaque d’immatriculation. Le chauffeur s’appelait Timothy McVeigh, un ancien vétéran de la guerre du Golfe, âgé de 27 ans. La fouille de l’automobile permit de découvrir une arme dissimulée et le prospectus publicitaire d’un magasin de surplus militaire sur lequel était écrite la phrase suivante : « TNT à 5 dollars le bâton. Besoin de plus ».

 L’enquête s’accéléra. Au bout de quelques jours, les enquêteurs réunirent assez de preuves pour inculper Timothy McVeigh et trois complices (Terry Nichols et le couple Michael et Lori Fortier) qui l'avaient aidé à repérer les lieux, à récupérer les véhicules et à confectionner la bombe. L’ancien militaire appartenait au mouvement "survivaliste". Violemment raciste et antisémite, il militait en faveur de la suprématie blanche et assimilait l’égalité raciale à une catastrophe contre laquelle il devait lutter, au besoin en tuant des innocents. Egalement proche du « mouvement des miliciens », une organisation d’extrême-droite opposée à l’Etat fédéral, il avait commis l’attentat pour venger la mort de 82 survivalistes tuées par le FBI deux ans plus tôt au siège de Waco (Texas).

 Son procès débuta en avril 1997. Le 2 juin, au terme d’un délibéré de 23 heures, le jury le reconnut coupable, et le condamna à la peine de mort. Le président Georges W. Bush refusa de le gracier. Le 11 juin 2001, le bourreau l’exécuta par injection létale, au pénitencier de Haute Terre, dans l’Indiana. 232 survivants de l’attentat d’Oklahoma City assistèrent à son exécution dans une salle voisine, via un circuit fermé de télévision. Son principal complice Terry Nichols échappa à la mort en raison de sa coopération avec la justice. Il écopa d’une peine de détention à perpétuité. Après dix ans d’emprisonnement Michael Fortier bénéficia d’une remise de peine et recouvra la liberté tout comme son épouse dont il avait négocié l’immunité en échange de sa collaboration.

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11 Mars 2016 - 6:49pm