Adolf Hitler remilitarise la Rhénanie

Ça s'est passé un 

7 Mars 1936

Signé en 1919, le traité de Versailles avait notamment imposé à l’Allemagne l’occupation de la Rhénanie par les armées alliées pour une durée de quinze ans. En échange de leur retrait de la rive droite du Rhin en 1930, les Allemands renonçaient à installer des soldats dans le territoire libéré. Ainsi, les armées françaises et allemandes n’étaient plus en contact direct de part et d’autre du Rhin. Elles étaient séparées par un large corridor vide de militaires. Les attaques surprises étaient sinon écartées au moins rendues risquées. L’accord fut respecté par les deux parties et notamment par les gouvernements démocratiques allemands qui se succédèrent au pouvoir. La victoire des nationaux-socialistes aux élections législatives de janvier 1933 et la nomination d’Adolf Hitler au poste de chancelier bouleversèrent les rapports de force entre les deux pays. Le 13 janvier 1935, la population de la Sarre - occupée depuis 1918 par la France - vota par référendum en faveur de l’intégration à l’Allemagne. Le 16 mars, prétextant l’échec d’une conférence sur le désarmement, le führer annonça le réarmement de son pays, en violation du traité de Versailles. Il rétablit le service militaire obligatoire et décida la création d’une armée comprenant 36 divisions et une aviation moderne. Ces décisions illégales au regard du droit international allaient-elle provoquer un conflit ? Elles entrainèrent seulement des réactions verbales des anciens pays alliés pendant la Grande Guerre. La France, le Royaume-Uni et l’Italie se réunirent à Stresa et élevèrent d’inefficaces protestations diplomatiques.

Deux mois plus tard, Londres rompit le « front de Stresa » en signant un accord naval avec Berlin, sans consulter Paris ni Rome. Au nom de la politique « d’apaisement » avec Hitler chacun défendait ses intérêts sans tenir compte de ceux des alliés. Affaiblie par l’activisme allemand et isolée sur le plan diplomatique et militaire, la France signa un pacte d’assistance mutuelle avec l’URSS de Staline. Bien que son contenu fût des plus vagues, Hitler affirma que l’accord franco-soviétique ratifié par le parlement français le 27 février 1936 était dirigé contre l’Allemagne, menacée selon lui d’encerclement. Il affirma que le texte violait les accords de Locarno signés en octobre 1925 qui assuraient la sécurité collective en Europe. Il donna l’ordre à son armée d’entrer dans le territoire démilitarisé de Rhénanie. L’opération Winterübung (Exercice d’hiver) débuta le 7 mars 1936 à l’aube. Trois bataillons de la Wehrmacht pénétrèrent en Rhénanie. Le soir, les soldats allemands atteignirent la frontière française. Des garnisons s’installèrent à Aix-la-Chapelle, Trêves et Sarrebruck.

 Le gouvernement français dirigé par Albert Sarraut réagit vivement. Le président du Conseil s’adressa au pays à la radio : « Nous ne sommes pas disposés à laisser placer Strasbourg sous le feu des canons allemands ». Cette déclaration martiale semblait indiquer que la France allait réagir par la force à la violation du traité de Versailles, en conformité avec le droit international. Bien vite l’enthousiasme guerrier du chef du gouvernement fut refroidi par le ministre de la guerre, les chefs d’état-major et le généralissime Maurice Gamelin. Tous affirmèrent qu’une riposte provoquerait un conflit avec l’Allemagne. En outre, en cas de conflit, il ne fallait pas compter sur le soutien des Britanniques. Londres fit savoir qu’à ses yeux Hitler n’avait commis aucune agression : il rentrait chez lui. A vrai dire les militaires français doutaient de la détermination de l’équipe au pouvoir. Il s’agissait d’un gouvernement de transition. Des élections législatives avaient été convoquées pour le 26 avril et le 3 mai (gagnées par le Front populaire). Le pays était en pleine campagne électorale. Difficile dans ces conditions de mobiliser la population. A la fin, la riposte française consista à adresser une protestation devant la Société des Nations (SDN). Les pays membres écartèrent le recours à une action militaire ou à des sanctions économiques. Ils se contentèrent d’une condamnation formelle qui valait en fait reconnaissance du fait accompli.

 L’agression hitlérienne et la reculade française eurent de grandes conséquences sur l’équilibre des forces en Europe. L’URSS et les pays de la « petite entente », la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie et la Roumanie, alliés de la France, doutaient désormais de la détermination de la république française à lutter contre l’expansionnisme nazi. L’Italie jugea caduc le système de sécurité collective défini à Versailles, à Locarno et à Stresa et se rapprocha de l’Allemagne d’Hitler. Le troisième Reich sortait grand vainqueur de la remilitarisation de la Rhénanie. Le pays s’était affranchi du traité de Versailles. Hitler était convaincu que les nations démocratiques ne s’opposeraient pas à sa politique impérialiste en Europe, par peur de la guerre.

 S’il avait eu le courage de ne pas laisser Strasbourg « sous le feu des canons allemands », Albert Sarraut aurait peut-être évité la deuxième guerre mondiale.

Jean-Pierre Giovenco

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11 Février 2017 - 5:31pm

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