Appel de Stockholm contre la bombe A

Ça s'est passé un 

19 Mars 1950

Alors que le blocus de Berlin par l’Union soviétique annonçait le début de la guerre froide entre le camp socialiste d’un côté et les pays capitalistes de l’Occident de l’autre, un groupe d’artistes et de scientifiques fonda à Wroclaw en Pologne le 25 août 1948 un Congrès mondial des intellectuels pour la paix. Composé essentiellement de personnalités connues progressistes et communistes, le Congrès nomma un comité permanent, présidé par le physicien français Frédéric Joliot-Curie, prix Nobel de physique de chimie avec son épouse Irène Curie en 1935. En 1949, les partisans de la paix lancèrent une campagne mondiale de signatures contre la guerre. A l’automne, six millions de Français avaient signé la pétition. Le 29 août 1949, l’URSS devint une puissance atomique après l’explosion réussie de sa première bombe A. La boîte de Pandore était ouverte. Le monde était-il à la veille d’une course aux armes encore plus redoutables que la bombe atomique ? Beaucoup dans le monde évoquaient avec inquiétude cette hypothèse car chacun savait qu’une guerre atomique détruirait la civilisation. Face à la menace qui pesait sur le monde, le mouvement pacifiste se réunit dans la capitale de la Suède et lança un « Appel de Stockholm » qui demandait l’ « interdiction absolue de l’arme atomique ». Le texte indiquait : « Nous exigeons l'interdiction absolue de l'arme atomique, arme d'épouvante et d'extermination massive des populations. Nous exigeons l'établissement d'un rigoureux contrôle international pour assurer l'application de cette mesure d'interdiction. Nous considérons que le gouvernement qui, le premier, utiliserait, contre n'importe quel pays, l'arme atomique, commettrait un crime contre l'humanité et serait à traiter comme criminel de guerre. Nous appelons tous les hommes de bonne volonté dans le monde à signer cet appel. »

L’appel de Stockholm remporta un succès immense. Six cent millions de personnes le signèrent dans le monde dont Jorge Amado, Duke Ellington, Thomas Mann, Pablo Neruda, Dimitri Chostakovitch. Il est vrai que la population des pays communistes y contribua massivement. En France, on évalue à dix millions le nombre de signataires dont Picasso, Louis Aragon, Marcel Carné, Marc Chagall, Yves Montand, Robert Lamoureux, Simone Signoret, Gérard Philipe, Maurice Chevalier, Jacques Prévert, Jacques Chirac. En novembre 1950, le Congrès se transforma en Conseil mondial pour la paix. L’année suivante, le mouvement lança une nouvelle pétition qui prônait la signature d’un pacte entre les cinq Grands (Etats-Unis, URSS, Royaume-Uni, France, Chine) et l’organisation d’une conférence internationale pour mettre fin aux conflits en cours (guerre de Corée et d’Indochine, crise au Proche-Orient, guerre froide entre l’Est et l’Ouest, course aux armements). Neuf millions de Français apposèrent leur signature. Les années suivantes, l’influence du Mouvement pour la paix déclina. L’historien Stéphane Courtois jugea en février 1985 dans Histoire au jour le jour que « l’Appel de Stockholm avait été le point d’orgue d’un vaste mouvement « pacifiste » animé par des militants communistes ». Il ajouta : « Il a correspondu exactement à la période la plus dure de la guerre froide, au moment où le système communiste s’est replié sur lui-même pour « digérer » ses conquêtes de 1944-1949 (Europe de l’Est et Chine). Ce mouvement était destiné à affaiblir la riposte que le camp occidental pouvait envisager contre cette expansion, et il constitua un excellent exemple du type de campagne que les communistes sont capables de lancer au plan mondial quand ils souhaitent toucher un large public ».

J.-P.G.

Demain : Les nazis créent le camp de Dachau

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16 Février 2017 - 10:43am

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