Arrestation et exil de Soljenitsyne

Ça s'est passé un 

12 Février 1974

Ecrivain de la déstalinisation, Alexandre Soljenitsyne publia en 1962 Une journée dans la vie d’Ivan Denissovitch avec le soutien implicite de Nikita Khrouchtchev, secrétaire général du parti communiste de l’URSS et auteur en 1956 du rapport secret qui dénonçait les crimes de Staline. Après le limogeage de son protecteur en 1964, le romancier fut l’objet de tracasseries administratives de la part du KGB (perquisitions, confiscation d’un manuscrit) et subit des critiques acerbes de l’écrivain Mikaël Cholokhov, tout nouvel prix Nobel de littérature. En mai 1967, Soljenitsyne aggrava son cas en envoyant à ses collègues du congrès de l’Union des écrivains une lettre dans laquelle il dénonçait les abus du régime, la censure, les persécutions. Interdit de publication dans son propre pays, il réussit à faire passer plusieurs manuscrits en Occident. Le premier cercle – une allusion au premier des neuf cercles de La Divine comédie de Dante – dénonçait les prisons-laboratoires dans lesquels les staliniens enfermaient les prisonniers scientifiques. Le livre paru en Europe de l’ouest en 1967 fut polycopié (Samizdat) et diffusé clandestinement en URSS par des dissidents. L’année suivante, Le Pavillon des cancéreux également publié à l’ouest lui valut d’être exclu de l’Union des écrivains alors que sa renommée ne cessait de croître en Occident où les lecteurs s’arrachaient ses livres. Ne pouvant recevoir les droits d’auteur, Soljenitsyne n’avait aucun moyen d’existence. Son ami le violoniste Mstislas Rostropovitch l’hébergea dans son domicile.

Persécuté dans son pays, Alexandre Soljenitsyne apprit le 8 octobre 1970 que l’Académie de suède lui avait attribué son prix Nobel de littérature. La nouvelle déchaina la presse soviétique qui accusa le romancier d’être fou, d’avoir collaboré avec les nazis pendant la seconde guerre mondiale. Elle demanda son expulsion du pays. Craignant de ne pouvoir rentrer dans son pays, l’écrivain renonça à aller chercher son prix. Proscrit de fait, il mit la dernière main à la rédaction de L’Archipel du Goulag. Il décida d’accélérer sa publication quand la police politique confisqua une copie du livre. Il réussit à faire passer le manuscrit en France. En décembre 1973, l’ouvrage parut en langue russe à Paris. Soljenitsyne déclara : « Le cœur serré, je me suis abstenu, des années durant, de publier ce livre alors qu'il était déjà prêt : le devoir envers les vivants pesait plus lourd que le devoir envers les morts. Mais à présent que, de toute façon, la sécurité d'État s'est emparée de ce livre, il ne me reste plus rien d'autre à faire que de le publier sans délai. » 

 La publication eut un grand retentissement. Livre d’histoire et de mémoire, L’Archipel constituait également un formidable document de référence sur le fonctionnement de la machine de mort soviétique qui avait été formatée par des décrets et des lois soviétiques dont il publia les textes. Le 12 février 1974, des agents du KGB l’interpellèrent à son domicile. On l’incarcéra à la prison de Lefortovo où on lui signifia son inculpation pour « haute trahison », un crime passible de la peine de mort. Le lendemain, un décret gouvernemental le déchut de la nationalité soviétique et prononça son expulsion de l’URSS. Un avion spécial l’amena à Francfort (Allemagne fédérale). Avec l’aide de l’écrivain allemand Heinrich Böll, Soljenitsyne s’installa à Zurich (Suisse) ou son épouse, ses quatre enfants et sa mère le rejoignirent. Grande figure de la dissidence soviétique, il vécut en exil aux Etats-Unis. Il contribua par ses écrits à l’effondrement de l’Union soviétique mais se fâcha avec plusieurs autres dissidents qui lui reprochaient ses positions réactionnaires voire antisémites. En 1994, il renoua avec « la sainte Russie » qu’il ne reconnut plus. Il mourut à Moscou le 3 août 2008.

J.-P.G.

Demain : Arrestation de Mata Hari

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16 Décembre 2017 - 5:29pm

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