Avignon demande à rejoindre la France

Ça s'est passé un 

12 Juin 1790

Quand les états généraux se réunirent en mai 1789, le Comtat Venaissin - et sa « capitale » Avignon - était une enclave papale au sein du royaume de France. Ancienne possession du comté de Toulouse, la province avait été cédée en 1274 par le roi de France Philippe III le Hardi au pape Grégoire X. la province connut son heure de gloire quand le cardinal François de Got élu pape sous le nom de Clément V en 1305 décida de quitter Rome et ses intrigues de palais pour installer le Saint-Siège en Avignon. Il se fixa d’abord au prieuré de Grosseau près de Malaucène puis au château de Monteux aux environs de Carpentras. En 1316, son successeur, l’ancien évêque d’Avignon Jacques Duèse, pape sous le nom de Jean XXII, s’installa avec sa cour dans le palais épiscopal de la ville. Après sa mort survenue en 1335, cinq autres papes français se succédèrent à Avignon : Benoît XII (1335-1342), Clément VI (1342-1352), Innocent VI (1352-1362), Urbain V (1362-1370), Grégoire XI (1370-1378). Pendant le règne des papes, Avignon s’embellit, se couvrit de magnifiques édifices. La population s’accrut de manière spectaculaire, passant de 5000 âmes à plus de 40 000. Ville prospère et tolérante, elle accueillit de nombreux artistes et écrivains (Pétrarque), ailleurs persécutés en raison de leurs opinions. Elle ne put empêcher la venue d’aventuriers en quête de gains faciles, de soldats licenciés et sans cause, de malfaiteurs, d’évadés des prisons françaises. 

 Le poète Pétrarque qui y avait pourtant trouvé refuge vitupéra contre la ville : « C’est un égout où viennent se réunir toutes les immondices de l’univers. On y méprise Dieu, on y adore l’argent, on y foule aux pieds la loi divine et les lois humaines. Tout y respire le mensonge : l’air, la terre, les maisons et surtout les chambres à coucher ».

 L’élection du pape réformateur italien Urbain VI en 1378 provoqua un schisme dans l’église chrétienne. Papes et antipapes s’excommunièrent mutuellement. Le conflit prit fin en 1417 avec l’élection de Martin V et le retour de la cour papale à Rome. Le Comtat Venaissin resta la propriété des papes qui gouvernèrent la province en nommant un légat. Le royaume de France se garda bien de remettre en cause le statut d’Avignon les siècles suivants. Quand éclata la révolution française, la population – et notamment la bourgeoisie d’affaires - pressurée par la fiscalité rêvait à une nuit du 4 août à la mode avignonnaise qui à l’imitation de la France aurait aboli les privilèges de l’élite aristocratique et religieuse qui gouvernait la ville. Les marchands souhaitaient également participer plus activement à l’administration de la cité. Le pape refusa les réformes qu’ils préconisaient. Avignon se divisa bientôt entre partisans du rattachement à la France et partisans du maintien du Comtat Venaissin au sein des Etats pontificaux.

 Le 12 juin 1790, les premiers votèrent la réunion de la ville à la France. Ils présentèrent leur résolution à l’Assemblée nationale. Les députés français hésitaient sur la marche à suivre. Ils ne tenaient pas à mécontenter le pape alors que la question religieuse provoquait en France de graves dissentiments entre les deux partis. Finalement, un plébiscite fut organisé : 102 000 électeurs sur 150 000 votants choisirent de se réunir à la France. Le 12 septembre 1791, l’Assemblée constituante proclama l’annexion du Comtat Venaissin et d’Avignon à la France. Réprimés sous le gouvernement du légat du pape, les révolutionnaires se vengèrent en assassinant une soixantaine de partisans du pape emprisonnés dans la prison de la Glacière. En 1793, après la chute des Girondins et la radicalisation de la Révolution, Avignon rejoignit la révolte fédéraliste contre le pouvoir de la Convention nationale. Vaincue elle paya un lourd tribut à sa rébellion. Le tribunal révolutionnaire envoya à la guillotine 342 « contrerévolutionnaires ».

Jean-Pierre Giovenco

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21 Mai 2016 - 7:22am

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