Bataille du Chemin des Dames

Ça s'est passé un 

16 Avril 1917

Nommé le 25 décembre 1916 commandant en chef des armées françaises le général Robert Georges Nivelle jugea que la guerre des tranchées et la guerre d’usure menées par son prédécesseur le général Joseph Joffre n’avaient pas conduit aux résultats espérés. Partisan de l’offensive brusquée, il élabora un plan pour percer le front et hâter ainsi la victoire. Il choisit de lancer son attaque entre Vimy et Reims, là où la ligne de défense allemande formait un angle droit et semblait la plus faible. Les préparatifs français alertèrent l’Etat-major allemand qui décida un retrait stratégique de ses troupes sur une ligne plus facile à défendre. Le repli permit de réduire le front de 70 km. Avec les troupes devenues disponibles, les Allemands constituèrent une réserve mobile en arrière du front. Ces troupes devaient bloquer toute avance ennemie en cas de perforation du front. Nivelle se prépara à lancer l’assaut sur un front de 80 kilomètres. L’effort principal devait porter sur le chemin des dames, le nom donné à une route de 25 km qui serpente sur un plateau calcaire situé au nord de Soissons en direction de Reims, entre la vallée de l’Aisne et la vallée de l’Ailette. Véritable observatoire, la crête était occupée par les Allemands depuis 1914. Aménagée en forteresse inexpugnable, parcourue de nombreux souterrains qui reliaient la première ligne avec l’arrière, elle fut l’enjeu de plusieurs batailles du fait de son importance stratégiques. Installés sur les pentes, les Français échouèrent à plusieurs reprises à déloger les Allemands.

Pour cette offensive qu’il voulait décisive, Nivelle rassembla des forces considérables. Soixante et une divisions françaises soit 850 000 hommes puissamment armés (200 chars, 2800 canons de tous calibres, 2300 mortiers modernes) avaient été rassemblées en prévision de la bataille. Des généraux expérimentés et prestigieux commandaient cette armée : Micheler, Mazel, Mangin, Duchêne. En face, les Allemands commandés par Hindenburg et Ludendorff pouvaient compter sur 41 divisions, soit 680 000 soldats. Bien protégés dans leurs abris bétonnés, ils bénéficiaient de l’avantage du terrain et d’une indéniable supériorité aérienne avec plus de 500 avions. 

L’attaque française débuta le 16 avril 1917 à 6 heures du matin. Un bombardement d’artillerie massif ravagea les premières lignes allemandes. Les fantassins montèrent à l’assaut, précédés par le feu roulant des canons. Rien ne se passa comme prévu. Si les premières lignes allemandes furent souvent prises, les secondes résistaient toujours. Sur les 128 chars d’assaut engagés dans le secteur de Berry-au-Bac, 64 tombèrent en panne ou s’enlisèrent dans la boue et 57 furent détruits par l’ennemi. A la fin de la journée, pour un gain minime, quelques hectomètres gagnés ici et là, les Français avaient perdu plusieurs milliers d’hommes. Le général Nivelle avait promis aux poilus que l’offensive durerait au maximum 48 heures. L’offensive reprit de plus belle les jours suivants avec aucun résultat. Les affrontements sanglants et inutiles aux alentours du village de Craonne furent immortalisés par La Chanson de Craonne, devenue un hymne au pacifisme. En une semaine 125 000 soldats avaient été tués ou blessés. L’échec militaire provoqua la valse des généraux : Mangin fut limogé le 29 avril, Nivelle surnommé « le boucher » par la troupe céda son poste de commandant en chef des armées françaises à Philippe Pétain le 15 mai. Après une suspension, les attaques reprirent. Jugeant non sans raison qu’on les envoyait à l’abattoir, des poilus refusèrent de monter au front et de se faire tuer pour rien. A partir du 20 mai, 150 unités se mutinèrent. En quelques jours le mouvement de révolte toucha l’ensemble de l’armée française (68 divisions sur 110). Près de 25 000 soldats furent jugés pour désobéissance. Les tribunaux militaires prononcèrent 3427 condamnations dont 554 à mort. La plupart des mutins furent graciés sauf 43. Pétain avait refusé de transmettre leur recours en grâce au président de la République.

 Le 24 octobre, une nouvelle offensive générale fut lancée. Elle échoua comme les autres. La ligne de front retrouva son tracé du 15 avril, mis à part quelques rectifications mineures. 200 000 soldats français (et 163 000 Allemands) étaient morts pour des gains territoriaux ridicules.

J.-P.G.

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16 Mars 2017 - 4:21pm

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