Bernadotte couronné roi de Suède

Ça s'est passé un 

11 Mai 1818

Ce jour-là, en présence d’une foule importante et des corps constitués réunis à Stockholm, le Français Jean-Baptiste Bernadotte fut couronné roi de Suède et de Norvège sous le nom de Karl XIV Johan. Le quinquagénaire béarnais natif de Pau en 1763 put mesurer à cet instant son extraordinaire destin, comparable à maints égards à celui de Napoléon Bonaparte. Un quart de siècle plus tôt imaginait-il qu’il règnerait un jour sur un royaume, quand simple soldat de l’An II de la République française il s’était fait tatouer la phrase « Mort aux tyrans ! » par haine des rois ? Fils d’un procureur palois, Jean-Baptiste Bernadotte s’était engagé en 1780 dans le régiment Royal - la Marine à l’âge de 17 ans, à la mort de son père. Dans l’Ancien régime, les grades d’officier étaient réservés aux membres de la noblesse. Aussi quand éclata la révolution française en 1789, il était sergent. Ardent patriote et fervent républicain, il intégra l’armée du Rhin puis celle de Sambre-et-Meuse. Il participa à toutes les grandes batailles pour défendre la République menacées par les armées des rois coalisés. Combattant courageux et chef hors pair, il gagna ses galons sur le terrain. Lieutenant en 1791, il fut nommé général de brigade en juin 1794 après la bataille victorieuse de Fleurus puis général de division en octobre de la même année. Envoyé en Italie 1797, il y croisa le général Napoléon Bonaparte qu’il admirait tout en entretenant avec lui des rapports difficiles. La rivalité entre les deux hommes s’étendit également aux affaires intimes quand Bernadotte épousa Désirée Clary, la première fiancée de Bonaparte. 

Apprécié pour ses dons de négociateur, le Directoire le nomma ambassadeur à Vienne en 1798. Mais le temps était à la guerre et pas à la diplomatie. Nommé ministre de la guerre le 3 juillet 1799, il occupa la fonction jusqu’en septembre. Son refus de participer au coup d’Etat de Brumaire organisé par Bonaparte et Sieyès lui valut une première disgrâce. On lui confia le commandement de l’armée de l’ouest. Cantonné à Rennes, il assista en spectateur aux premières batailles napoléoniennes. Finalement, il se rallia à l’empereur en 1804 et retrouva un commandement digne de son talent et de ses ambitions. Fait maréchal d’Empire, il combattit à Austerlitz, battit les Prussiens à Halle (octobre 1806) et les Russes à Mohrungen (janvier 1807). Blessé au cou à la bataille de Spaden, il fut nommé gouverneur des villes hanséatiques conquises par Napoléon 1er en juin 1807. En 1809, le corps d’armée qu’il dirigeait à la bataille de Wagram fut décimé. Mécontent, Napoléon lui retira son commandement et le renvoya à Paris. En semi-disgrâce, le maréchal Bernadotte sut saisir sa chance. Elle se présenta sous le visage de plusieurs nobles suédois favorables à la cause de la France. Ils proposèrent à l’officier français d’être candidat au poste de prince héritier de Suède. Les émissaires scandinaves comptaient faire alliance avec la France pour reconquérir la Finlande annexée par la Russie en 1809. Napoléon autorisa Bernadotte à postuler. Le 21 août 1810, les représentants des quatre ordres suédois réunis en états généraux dans la ville d’Orebro élurent à la surprise général Bernadotte prince héritier du royaume de Suède.

 Bernadotte débarqua à Helsingborg en octobre 1810. Le roi Charles XIII l’adopta. Le Français découvrit alors que le monarque était sénile. Il exerça la réalité du pouvoir dès son arrivée en Suède. Sa première décision consista à rompre avec Napoléon 1er. En 1813, la Suède rejoignit la coalition internationale contre l’Empire français. Commandant en chef de l’armée alliée du nord, le prince héritier Bernadotte battit ses anciens camarades Français à Gross-Beeren (août 1813), à Dennevitz (septembre 1813). Il participa le 19 octobre 1813 à la bataille victorieuse de Leipzig. Menacé d’une invasion par l’armée de Bernadotte, le royaume du Danemark accepta de signer le 14 janvier 1814 le traité de Kiel par lequel il cédait la Norvège à la Suède. Bernadotte fut accueilli en héros à Stockholm, même si la Suède renonça à la Finlande annexée par la Russie et à la Poméranie occidentale livrée à la Prusse. Acteur de la défaite de Napoléon 1er, il caressa le vague espoir de lui succéder en 1814. Les alliés préférèrent installer un Bourbon sur le trône de France, en l’occurrence Louis XVIII.

 Le 5 février 1818, le roi Charles XIII mourut. Bernadotte monta sur le trône. Il fut officiellement couronné trois mois plus tard et gouverna le pays jusqu’en 1844, date de sa mort. L’homme de troupe palois inaugura la dynastie des Bernadotte qui règne encore aujourd’hui sur le royaume de Suède.

J.-P.G.

Demain : Insurrection contre la « Monarchie de Juillet »

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25 Avril 2017 - 6:21pm