Charles X chassé par l'émeute populaire

Ça s'est passé un 

27 Juillet 1830

Le roi « de France et de Navarre » Charles X avait succédé à son frère Louis XVIII le 16 septembre 1824. Il monta sur le trône avec le projet caché de renouer avec les valeurs de l’Ancien régime. Devenu bigot après une jeunesse dissolue, il considérait que l’autel et le trône devaient rester intimement liés. Du reste, il jugeait qu’il régnait par la volonté divine. La monarchie constitutionnelle telle qu’elle existait au Royaume-Uni le révulsait : « Plutôt scier du bois que de régner à la façon du roi d’Angleterre». Il dut néanmoins composer avec une Charte constitutionnelle « octroyée » par son prédécesseur qui accordait une place non négligeable au pouvoir législatif en créant une Chambre des Pairs composée des nobles du royaume et une Chambre des députés des départements élue au suffrage censitaire ( 100 000 votants au maximum). Sacré à Reims selon l’apparat ancien, Charles X nomma un gouvernement composé d’ultras et dirigé par de Villèle. La loi du « milliard des émigrés » qui indemnisait les nobles dont les biens avaient été nationalisés pendant la révolution, celle réprimant « le sacrilège » des hosties sacrées et le rétablissement de la censure de la presse provoquèrent la colère des députés libéraux. Le ton était donné. Les années suivantes, les sujets de tensions entre le roi et la Chambre ne manquèrent pas. En 1827, les opposants au gouvernement remportèrent les élections à la Chambre. La bourgeoisie se détournait de la monarchie. Le roi décida de ne plus recevoir ses représentants dans la Cour des Tuileries.

 La crise couvait. Le 2 mars 1830, devant les Chambres réunies, Charles X prononça un discours du trône menaçant à l’endroit des députés : « Si de coupables manœuvres suscitant à mon gouvernement des obstacles que je ne peux prévoir, je trouverais la force de les surmonter dans ma résolution de maintenir la paix publique, dans la juste confiance des Français et dans l’amour qu’ils ont toujours montré pour leur roi ». Craignant un prochain coup de force contre la Charte et la Chambre, 221 députés signèrent une « Adresse » au roi : « La Charte a fait du concours permanent des vues politiques de votre gouvernement avec les vœux de votre peuple la condition indispensable de la marche régulière des affaires publiques. Sire, notre loyauté, notre dévouement nous conduisent à vous dire que ce concours n’existe pas ». Les signataires demandaient le renvoi du ministère ultra conservateur de Polignac. Charles X refusa et annonça à ses ministres : « Je lutterai, j’aime mieux monter à cheval qu’en charrette ». Le 19 mars, il suspendit la Chambre jusqu’en septembre avant de la déclarer dissoute le 16 mai. Les nouvelles élections organisées en juin et juillet confirmèrent la victoire de l’opposition. Avec 274 sièges sur 428, elle dominait le parlement. Des ministres proposèrent au roi de s’affranchir de la Chambre et de prendre lui-même « les règlements et ordonnances nécessaires pour l’exécution des lois et la sureté de l’Etat ».

 Charles X promulgua le 25 juillet quatre ordonnances : la première suspendait la liberté de la presse et rétablissait l’autorisation préalable de publication, la seconde prononçait la dissolution de la Chambre, la troisième réduisait le nombre des députés et le nombre d’électeurs en augmentant le cens pour favoriser les propriétaires terriens, la quatrième fixait à septembre la date des élections. La Charte qui faisait office de constitution était violée. Le 26 juillet, les ordonnances parurent au Moniteur. Les journalistes rédigèrent une motion de protestation. Le 27 juillet, les autorités brisèrent les presses des journaux qui refusaient d’être censurés. Le peuple de Paris s’assembla et hérissa la ville de plusieurs centaines de barricades. Le roi proclama l’Etat de siège. Au bout de « Trois Glorieuses » journées de combat, les insurgés rejoints par de nombreux régiments occupèrent le Louvre et envahirent les Tuileries abandonnées par le roi. Les insurgés hissèrent sur le palais saccagé le drapeau tricolore de la République. Craignant la proclamation de la République, Adolphe Thiers fit appel au duc d’Orléans. Le 30 juillet, il fit placarder dans les rues de Paris une affiche qui affirmait que le duc « a porté au feu les couleurs tricolores » et « accepte la Charte ».

 Les députés de la Chambre les rallièrent à la proposition de leur collègue. Le duc d’Orléans hésita puis accepta la lieutenance générale du royaume qu’on lui proposait le 31 juillet. Cela revenait à mettre sous tutelle Charles X. Pour donner plus de solennité à l’événement, on demanda au vieux Lafayette, ancien « héros des deux mondes », chef de la garde nationale pendant la première Révolution française, d’adouber le duc d’Orléans en apportant sa caution « républicaine ». Les deux hommes se donnèrent l’accolade sur le balcon de l’hôtel de ville devant une foule nombreuse et ravie. Châteaubriand, sarcastique, se moqua de cette comédie surréaliste : « le baiser républicain de la Fayette a fait un roi ».

 Ce jugement anticipait les événements. Charles X était toujours roi. Quand il comprit que son temps était passé il décida d’abdiquer en faveur du duc de Bordeaux, prétendant au trône sous le nom d' Henri V. La menace d’une reprise de l’émeute le dissuada de persister dans sa décision. Il abdiqua et partit en exil en Angleterre. Le 9 août 1830, la Chambre offrit officiellement le trône au duc d’Orléans « et à ses descendants mâles ». La monarchie de Juillet commençait.

Jean-Pierre Giovenco

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19 Juin 2016 - 5:43pm