Début des massacres de Srebrenica

Ça s'est passé un 

11 Juillet 1995

Dans les années 1990, la chute du communisme dans les pays d’Europe de l’est provoqua par ricochet la désintégration de la République fédérale socialiste de Yougoslavie, fondée en 1919 sur les décombres d’un autre état multinational, l’Empire d’Autriche-Hongrie. Les nations qui composaient le pays décidèrent de recouvrer leur indépendance. En 1991, la Slovénie s’affranchit la première de la tutelle de l’Etat central situé à Belgrade, en Serbie. Bientôt, la Croatie catholique et la Bosnie-Herzégovine musulmane l'imitèrent. L’Etat fédéral se décomposa malgré l’opposition serbe. Les dirigeants de Belgrade, des communistes ralliés au nationalisme, s’opposèrent par la force à la volonté émancipatrice de leurs voisins. Il en résulta un conflit général entre les nations indépendantes que tout opposait : la langue, la religion, la culture, l’économie. La délimitation des frontières et le non-respect des droits des minorités par les nouveaux Etats réveillèrent des haines séculaires, étouffées par le communisme pendant cinquante ans. La poudrière balkanique explosa. Pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale, un conflit généralisé ensanglanta une région située au cœur de l’Europe. Les armées et milices croates, bosniaques et surtout serbes commirent des atrocités contre les populations civiles. La communauté internationale s’alarma. Elle envoya des troupes au sol pour séparer les belligérants. Elle décida également de punir les auteurs des crimes.

Malgré la présence sur le terrain de Casques bleus de l’Onu censés ramener la paix, le conflit s’éternisa d’autant qu’il existait des minorités linguistiques et religieuses dans chaque pays nouvellement créé. Pour éviter les « nettoyages ethniques », le conseil de sécurité des Nations unies créa des « zones protégés » que les belligérants devaient respecter en attendant un règlement général du conflit. Des soldats de la Force de protection de l’ONU (FORPRONU) assuraient leur sécurité. Située dans la République serbe de Bosnie, la ville de Srebrenica peuplée de bosniaques musulmans était une de ces enclaves. Assiégée depuis 1992 par les forces serbes de Bosnie commandées par le général Ratko Madlic, Srebrenica subissait des bombardements meurtriers. En 1995, les responsables militaires bosniaques acceptèrent la démilitarisation de leur cité. En échange, l’Onu déploya quatre cents casques bleus néerlandais pour protéger la population civile. Les forces serbes ne respectèrent pas l’accord. Le 7 juillet 1995, elles passèrent à l’offensive. Les casques bleus hollandais refusèrent d’intervenir. Le 11 juillet, les bosniaques commencèrent à évacuer la ville par leurs propres moyens. Une colonne composée de plusieurs milliers d’hommes valides tenta de rejoindre la Bosnie. Elle fut interceptée par l’armée de la République serbe de Bosnie soutenue par des miliciens paramilitaires du mouvement scorpions. Le lendemain, les soldats de Madlic occupèrent Srebrenica. Les néerlandais restèrent confinés dans leur caserne malgré les appels au secours de la population. Les assaillants laissèrent partir les femmes, les enfants et les vieillards mais retinrent prisonniers les hommes en âge de porter une arme. Malgré la promesse de Madlic de leur laisser la vie sauve, les premiers massacres de prisonniers désarmés se déroulèrent les heures suivantes dans un hangar à Kravica. Plusieurs milliers de bosniaques furent transférés dans le village de Bratunac. Le général Madlic leur assura qu’ils seraient échangés contre des prisonniers serbes. Il s’agissait d’un mensonge. Le 14 juillet, des bus les transportèrent plus au nord dans une région peu habitée où ils furent assassinés en masse. Les criminels dissimulèrent les corps dans des fosses communes creusées par des bulldozers. Les tueries se poursuivirent jusqu’au 17 juillet.

 On évalue à près de 8400 le nombre d’hommes et d’adolescents bosniaques qui ont été assassinés dans le pire massacre commis en Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Les principaux responsables politiques et les auteurs de ces crimes contre l’humanité ont été arrêtés après des cavales de plusieurs années et condamnés par le Tribunal pénal international pour l’Ex-Yougoslavie(TPIY) qui siège à La Haye (Pays-Bas). En 2016, Radovan Karadzic, président de la république serbe de Bosnie a été condamné à 40 ans de prison pour génocide. Le général Ratko Madlic qui ordonna et exécuta les massacres a été arrêté en 2011 et extradé à La Haye où son procès est en cours.

Demain : La Constitution civile du clergé

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22 Juin 2017 - 5:08pm

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