Décret nazi « Nuit et brouillard »

Ça s'est passé un 

7 Décembre 1941

Le 22 juin 1941, Adolf Hitler lança quatre millions de soldats  à l’assaut de l’Union soviétique (opération Barbarossa) avec l’objectif de mener une guerre d'extermination contre le bolchevisme « désintégrateur ».  Pour les Allemands, il s’agissait d’agir vite, le plan fixait à quatre mois le délai nécessaire à l’anéantissement militaire de l’URSS. La guerre devait être gagnée avant l’arrivée de l’hiver. Le défi semblait possible à relever. La Wehrmacht possédait une supériorité initiale considérable en hommes (deux contre un) et en équipements. Elle était mieux organisée, bien mieux commandée et disposait d'une incontestable supériorité tactique. Elle bénéficiait de l'effet de surprise. Si elle était loin d'être préparée au choc avec l'Allemagne, l'Armée rouge bénéficiait cependant d'importantes réserves humaines et d'un patriotisme russe que Staline sut réactiver en raison de l’état de guerre. Le nazisme, qui ne laissait aux ennemis d'autre alternative que la mort ou l'esclavage, joua également un rôle important dans le sursaut patriotique. Fin novembre, contrairement à son analyse initiale, Hitler constata avec inquiétude qu’à la veille de l’hiver l’Armée rouge n’avait pas été détruite. Elle résistait avec acharnement sur tous les fronts. En outre, des groupes de partisans déterminés et efficaces menaient une guérilla destructive dans les territoires conquis par la Wehrmacht. Dépité, Hitler promulgua le 7 décembre 1941 – jour de l’attaque japonaise  contre la base navale américaine de Pearl Harbour –  la directive « Nuit et brouillard » (en allemand Nacht und Nebel).

Le texte du décret s’affranchissait de toutes les conventions internationales de la Haye qui garantissaient des droits aux prisonniers de guerre. Il précisait les mesures à prendre contre les personnes qui avaient commis des « infractions contre le  Reich ou contre les forces d’occupation dans les territoires occupés », en France, en Belgique, en Hollande, en Norvège et dans les territoires de l’Est de l’Europe et en URSS. Etaient visés les résistants, les opposants ou réfractaires à la politique ou aux méthodes du Troisième Reich. Seuls les inculpés qui avaient commis des crimes immédiatement passibles de la peine de mort pouvaient être jugés dans les pays occupés. Les autres devaient être déportés en Allemagne dans le plus grand secret. Isolés du monde, ils y seraient jugés avant d’être exécutés ou internés dans un camp de concentration. Aucune information sur le sort réservé à ces détenus ne devait être donnée à leurs  familles afin de les « intimider ». Aux organismes internationaux ou allemands qui demanderaient des indications sur les disparus, les autorités devaient répondre : « l’état de la procédure ne permet de donner aucune information ».

 Dans une note envoyée à ses subordonnés, le chef des SS  et de la Gestapo Heinrich Himmler expliquait le sens de la directive : « Après mûre réflexion, la volonté du Führer est de modifier les mesures à l'encontre de ceux qui se sont rendus coupables de délits contre le Reich ou contre les forces allemandes dans les zones occupées. Notre Führer est d'avis qu'une condamnation au pénitencier ou aux travaux forcés à vie envoie un message de faiblesse. La seule force de dissuasion possible est soit la peine de mort, soit une mesure qui laissera la famille et le reste de la population dans l'incertitude quant au sort réservé au criminel. La déportation vers l'Allemagne remplira cette fonction ».

 Le maréchal Wilhelm Keitel, commandant en chef de l’armée allemande, précisa le 12 décembre 1941 dans une lettre le sens du décret. Les prisonniers devaient disparaitre sans laisser de trace et aucune information ne devait être donnée sur leur sort et sur le lieu éventuel de leur détention.

J.-P.G.

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29 Novembre 2017 - 10:35am

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