Des journalistes pris en otage au Liban

Ça s'est passé un 

8 Mars 1986

Depuis avril 1975, une guerre civile et étrangère ravageait le Liban. Pendant les deux premières années, le conflit opposa les milices chrétiennes libanaises aux fédayins palestiniens installés dans des camps de réfugiés. Le conflit se transforma en guerre civile puis s’internationalisa à partir de 1977 avec les manœuvres politiques et militaires troubles de la Syrie. Les autorités de Damas soutenaient alternativement les uns ou les autres, en fonction de ses intérêts du moment. En juin 1982, le premier ministre israélien Menahem Bégin envoya son armée envahir le Liban pour secourir – disait-il - les chrétiens menacés d’être battus et pour détruire l’appareil politico-militaire de l’OLP. L’invasion aboutit aux massacres de plus d’un millier de civils palestiniens par les phalangistes chrétiens dans les camps de Sabra et Chatila à Beyrouth. En 1985, la désintégration de l’Etat libanais culmina après la révolte des chiites libanais, soutenue par les ayatollahs iraniens au pouvoir à Téhéran. Regroupés au sein du Hezbollah, du Jihad islamique ou d’autres organisations clandestines, les miliciens chiites, se firent connaitre du monde entier en enlevant des personnalités occidentales, des diplomates, des chercheurs, des journalistes. Il s’agissait de faire pression sur les gouvernements auxquels appartenaient les victimes. L’affaire des otages français débuta les 22 et 23 mars 1985 par l’enlèvement des diplomates français Marcel Fontaine et Marcel Carton et du directeur du centre culturel français Gilles Sidney Peyrole (libéré le 2 avril).

Le 22 mai 1985, le grand reporter de L’Evénement du Jeudi Jean-Paul Kauffmann et le chercheur au CNRS Michel Seurat furent également victimes d’un rapt alors qu’ils étaient sur la route de l’aéroport à Beyrouth. Au début du mois de mars 1986, l’annonce de l’ « exécution » de Michel Seurat par ses geôliers chiites provoqua une intense émotion en France. On apprendra plus tard que le sociologue était sans doute décédé des suites d’une maladie. La chaîne de télévision Antenne 2 envoya au Liban une équipe de journalistes pour enquêter. Elle était composée de Philippe Rochot, Georges Hansen, Aurel Cornéa et Jean-Louis Normandin. Le 8 mars 1986, les reporters se rendirent à Beyrouth-Est, le quartier sous le contrôle des chiites. Ils filmèrent une manifestation du Hezbollah à la mosquée Bir El Abed. A leur sortie, ils furent pris en otage par un groupe armé. L’enlèvement fut revendiqué par un mouvement alors inconnu l’Organisation de la justice révolutionnaire (OJR). Après 105 jours de détention Philippe Rochot et Georges Hansen furent libérés. Aurel Cornéa dut attendre le mois de décembre. Jean-Louis Normandin recouvra la liberté seulement en novembre 1987, après 20 mois de détention, en même temps que Roger Auque qui avait été enlevé en janvier 1987. Entretemps, deux autres français Camille Sontag et Marcel Coudari avaient été enlevés puis libérés. Les quatre journalistes d’Antenne 2 étaient enfin libres.

 Il en allait autrement pour Marcel Fontaine, Marcel Carton et Jean-Paul Kauffmann détenus dans des conditions inhumaines. A l’initiative de Joëlle Brunerie, l’épouse de Kauffmann, un vaste mouvement de solidarité se développa en France et permit de ne pas oublier les otages dont la télévision montrait chaque soir le visage. Les hommes politiques durent compter avec la mobilisation populaire. Finalement, après trois ans de détention et au terme de négociations avec les ravisseurs menées par l’ancien officier du contre-espionnage Jean-Charles Marchiani – proche du premier ministre Jacques Chirac et futur préfet – les trois hommes furent libérés le 4 mai 1988, quelques jours avant le second tour de l’élection présidentielle. La libération des otages avaient été obtenue vraisemblablement à la suite du versement de plusieurs rançons.

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13 Février 2017 - 10:00am

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