Des protestants massacrés à Wassy

Ça s'est passé un 

1 Mars 1562

Les progrès continus de la religion calviniste dans le Royaume de France provoquèrent des incidents meurtriers entre les protestants et les catholiques guidés par le duc lorrain François de Guise. En mars 1560, les conjurés réformés avaient tenté de s’emparer de la personne du roi François II à Amboise. La conjuration échoua et les chefs protestants dont Godefroi de Barri, seigneur de La Renaudie et leurs hommes de main subirent de lourdes représailles. Ceux qui survécurent aux combats finirent pendus ou décapités. Un calme relatif s’établit dans le pays. En décembre le roi de France mourut de maladie. Son frère cadet Charles lui succéda sous le nom de Charles IX. Trop jeune pour régner – il avait dix ans – sa mère Catherine de Médicis s’imposa pour assurer la régence du royaume pendant la minorité de son fils. Elle forma un gouvernement d’union dans lequel catholiques et protestants cohabitaient. Les premiers s’appuyaient sur Antoine de Bourbon nommé lieutenant général du royaume et sur le duc de guise, chef de l’armée; les seconds étaient représentés par l’amiral Coligny, ministre de la marine. Bien que catholique, le chancelier des finances Michel de L’Hospital tenta de rapprocher les deux camps. Lors de la réunion des états généraux, il condamna les excès commis par les uns et les autres et appela à la paix : « Otons ces mots diaboliques, noms de partis, de factions, de séditions, luthériens, huguenots, papistes : ne gardons que le nom de chrétiens ».

Cette politique de conciliation avec les « hérétiques » voulue par la reine mère mécontenta les ultra-catholiques du duc de Guise. Face au blocage persistant, Catherine de Médicis promulgua un édit de tolérance en janvier 1562 : les protestants étaient autorisés à célébrer leur religion dans des maisons privées, mais à l’extérieur des villes. Le texte mécontenta tout le monde. Les réformés dénonçaient les entraves mis par la reine-mère à leur pratique religieuse. Les catholiques jugeaient que la formulation de la loi revenait de facto à reconnaitre officiellement le calvinisme. Le parlement de Paris refusa de l’enregistrer. Les persécutions mutuelles se poursuivirent dans les provinces et les villes du royaume. La tension entre les deux communautés religieuses éclata en conflit ouvert le dimanche 1er mars 1562. Ce jour-là, accompagné de son frère le cardinal de Lorraine et d’une force armée, le duc de Guise se rendit à Wassy dont il était le seigneur pour assister à la messe. Près de l’église se trouvait une grange dans laquelle cinq cents fidèles de la Réforme s’étaient réunis pour une « cène ». Le duc de Guise estima que l’édifice se trouvait à l’intérieur de la ville, en violation de l’édit royal. Il donna l’ordre à ses hommes d’évacuer les occupants de la grange par la force. Accueillis par des jets de pierre, les soldats se livrèrent à un terrible massacre, tuant femmes, hommes et enfants. Entre 50 et 100 protestants désarmés furent assassinés. On releva 150 blessés. Le duc de Guise fut accueilli en héros à Paris. Le parlement vota une motion qui mit hors la loi les huguenots. Dans plusieurs villes du sud-ouest ses catholiques massacrèrent les protestants. Là où ils étaient majoritaires, les réformes se vengèrent en pourchassant les papistes. Bientôt les violences se généralisèrent à l’ensemble du royaume. La tuerie provoqua la première guerre de religion.

J.-P.G.

Demain : Fondation de l’Internationale communiste

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10 Février 2017 - 5:08pm

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