Ecrasement de la révolte ouvrière

Ça s'est passé un 

26 Juin 1848

Le 26 juin, le général Cavaignac, ministre de la guerre, annonça à l’Assemblée nationale : « L’ordre a triomphé de l’anarchie ». Les troupes régulières qu’il commandait s’étaient emparées au matin des dernières barricades érigées au faubourg Saint-Antoine par les insurgés. Quatre jours plus tôt, les députés conservateurs, majoritaires au parlement, avaient proclamé l’état de siège et lui avaient donné les pleins pouvoirs pour écraser par tous les moyens la révolte des ouvriers. Le militaire, homme à poigne, n’avait pas déçu ses commanditaires. L’utilisation de la force contre le peuple mit fin de façon tragique aux illusions et aux ambiguïtés qu’avait suscité « La Révolution de février ». Sous l’impulsion des républicains et des libéraux, la population de Paris se souleva alors contre la monarchie de juillet. Elle força le roi Louis-Philippe 1er à abdiquer et, après avoir aboli la royauté, elle s’enthousiasma à la proclamation de la République par Alphonse de Lamartine le 24 février. Mais bientôt, la question sociale s’invita dans le débat politique, d’autant que la crise économique avait réduit au chômage de nombreux travailleurs. Les chefs de la commission exécutive (gouvernement provisoire), des bourgeois républicains, promirent d’améliorer le sort des ouvriers et de leurs familles qui s’entassaient dans les quartiers insalubres de la capitale et dans les faubourgs, là où la révolution industrielle les avait jeté. 

 Le socialiste Louis Blanc proposa de créer sous le nom d’ateliers sociaux des coopératives de production regroupant des ouvriers d’une même profession. Son projet fut détourné par la Commission exécutive. Le 27 février, le ministre des travaux publics Marie fonda les ateliers nationaux qui avaient vocation à recenser et à fournir du travail aux chômeurs. De 6000 en février, le nombre des inscrits passa à 14 000 en mars, à 60 000 en avril, et à 114 000 en mai.

 On employa cette main-d'oeuvre abondante à des travaux de terrassement. Mais rapidement, il apparut que l’ouvrage était insuffisant pour occuper tous les chômeurs. Les hommes travaillaient un jour sur deux, puis un jour sur quatre. Ils passaient leur journée à jouer aux cartes ou aux dés mais continuaient à percevoir une indemnité journalière de 1 F. Les rentiers et les possédants baptisèrent les ateliers nationaux les « râteliers nationaux ». La victoire des conservateurs aux élections législatives des 23 et 24 avril et l’arrestation de plusieurs républicains progressistes (Blanqui, Albert, Raspail, Barbès) en mai après l’échec d’une manifestation de la gauche, renforcèrent les partisans de l’ordre qui réclamaient la dissolution des ateliers nationaux.

 Tiraillé entre la crainte d’une révolte des ouvriers et les demandes de l’Assemblée, le gouvernement proposa d’employer les ouvriers à la construction de voies ferrées. Il fallait au préalable nationaliser les compagnies de chemins de fer. Les députés protestèrent contre cette violation du droit de propriété. Le 20 juin, l’assemblée vota la dissolution des ateliers nationaux. Le lendemain, la commission exécutive céda. Elle publia un décret qui imposait l’enrôlement dans l’armée des ouvriers âgés de 18 à 25 ans, et l’envoi en Sologne des plus âgés pour y creuser un canal. Publiée au Moniteur, le journal officiel de la république, la nouvelle fut connue le 22 juin. Elle provoqua la colère des ouvriers qui s’armèrent. Les premières barricades apparurent dans les rues de Paris le 23 et les premiers combats opposèrent les insurgés à l’armée. La commission exécutive démissionna.

 L’Assemblée nationale accorda les pleins pouvoirs au général Cavaignac pour ramener l’ordre. Le militaire mobilisa les régiments cantonnés dans les environs de Paris. Ses 50 000 hommes passèrent à l’offensive contre les révoltés. La bataille des rues tourna au massacre. Quatre mille ouvriers périrent dans les combats. Une répression impitoyable suivit la prise des barricades. Mille cinq cents insurgés désarmés furent fusillés sans jugement. Du côté de l’armée on releva 1600 tués dont 6 généraux. Enfin rassurée, l’Assemblée proclama que le général Cavaignac « avait bien mérité de la patrie ». Le roi Louis-Philippe exilé en Angleterre nota : « La République a de la chance, elle peut tirer sur le peuple ! ».

Jean-Pierre Giovenco

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27 Mai 2016 - 4:08pm

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