Fatwa de Khomeiny contre Rushdie

Ça s'est passé un 

14 Février 1989

Sur les ondes de la radio de Téhéran, l’ayatollah Khomeiny, le guide de la révolution de l’Iran, prononça une fatwa (avis religieux) qui appelait les « musulmans zélés » à « exécuter rapidement » l’écrivain britannique d’origine indienne Salman Rushdie. L’iman jugeait que le quatrième roman publié par Rushdie intitulé Les versets sataniques offensait « l’islam, le prophète et le Coran ». La fatwa concernait également les éditeurs du livre. Une récompense était offerte à celui qui tuerait l’écrivain. Le paradis était promis au justicier qui périrait en accomplissant son « devoir » de bon musulman. La publication de l’ouvrage en septembre 1988 avait déjà suscité une profonde émotion parmi les fidèles qui le considéraient comme blasphématoire. L’Inde où résidait une importante communauté musulmane l’avait interdit à la vente dès le 5 octobre 1988. L’Afrique du sud et de nombreux pays musulmans (Pakistan, Bengladesh, Indonésie, Egypte, Arabie Saoudite, Indonésie, Tunisie et Qatar) l’avaient également banni les semaines suivantes. Au Royaume-Uni, à Bradford, des intégristes brûlèrent le livre sur la place publique. La fatwa de Khomeiny réconcilia pour un temps les deux courants opposés de l’islam, le chiisme et le sunnisme. Le 17 février 1989, le président iranien Ali Khamenei déclarait que « le peuple islamique accorderait son pardon si l'auteur revenait sur ses erreurs ». Rushdie répondit qu’il « regrettait » avoir offensé les croyants « sincères ».

 Les autorités religieuses iraniennes jugèrent l’excuse insuffisante et confirmèrent la nécessité d « envoyer en enfer » l’écrivain. Pour échapper à ses tueurs, Salman Rushdie plongea dans la clandestinité avec l’aide des autorités britanniques. Devenu le symbole de la résistance à l’obscurantisme religieux il était contraint de vivre en reclus alors que des actes de violence étaient commis un peu partout dans le monde. Des manifestations de protestations en Inde et en Egypte firent de nombreuses victimes. La librairie de l’université de Berkeley (Californie) qui diffusait son ouvrage était détruite par un attentat.

 En 1991, l’éditeur japonais des Versets fut assassiné. Son homologue italien subit le même sort. Les islamistes firent sauter en Turquie l’hôtel qui hébergeait le traducteur du livre causant la mort de 37 personnes. Anobli par la reine Elisabeth II en 2007, Salman Rushdie vit toujours sous la menace d’un assassinat. Des autorités religieuses iraniennes ont confirmé en 2006 la validité de la fatwa de l’imam Khomeiny et promettent une prime de 3,3 millions de dollars à celui qui tuera l'écrivain. Encore aujourd’hui, 26 ans après les faits, l’adresse de Rushdie est un secret d’Etat. Le proscrit change régulièrement de domicile et des policiers assurent sa sécurité.

Jean-Pierre Giovenco

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22 Janvier 2016 - 3:15pm

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