Fondation de l’Académie française

Ça s'est passé un 

29 Janvier 1635

Pour l’histoire, le cardinal de Richelieu est le fondateur de l’Académie française. Personne ne contestera en effet son rôle déterminant dans la création d’une institution qui accompagne, perfectionne - et normalise - l’évolution de la langue française, depuis des siècles. Mais la justice nous oblige à reconnaître que l’initiateur du projet revint à Valentin Conrat, un protestant, conseiller du roi en matière financière. Amoureux de la langue française, l’écrivain raté aimait réunir à l’Hôtel de Rambouillet des auteurs de l’époque, appréciés par leurs contemporains mais complètement oubliés aujourd’hui sauf par quelques spécialistes. On baptisa bientôt ce cénacle le Cercle Conrat. Nos beaux esprits y parlaient toujours littérature, y présentaient quelquefois en avant première leurs œuvres. Les différences linguistiques existant entre les provinces du royaume provoquaient régulièrement leur colère et suscitaient d’âpres débats. L’ordonnance de Villers-Cotterêts, édictée en août 1539 par le roi François 1er, avait imposé l’utilisation de la seule langue française dans la rédaction de tous les documents officiels, à la place du latin. Depuis, le français était la langue de l’Etat et de l’administration. Mais, chacun l’écrivait à sa manière. Il convenait de la normaliser (vocabulaire, grammaire, style)  par des règles valables partout. Richelieu connaissait l’existence de cette assemblée d’hommes de lettres.

 Il partageait avec eux la volonté de renforcer l’unité linguistique du pays. La doctrine du premier ministre de Louis XIII, partisan de l’absolutisme royal et du centralisme étatique, pouvait se résumer ainsi : un  royaume, un roi, une langue. Il eut l’idée de transformer cette amicale association littéraire en Académie française, en s’inspirant du modèle de l’Accademia della Crusca, crée à Florence en 1582 qui avait publié en 1612 le Vocabolario, premier dictionnaire en langue italienne. En 1634, il chargea Valentin Conrat  de préparer les statuts. Il les valida au fur et à mesure de leur rédaction. Le projet aboutit le 29 janvier 1635 par la publication des lettres patentes du roi Louis XIII qui actaient la naissance officielle de l’Académie française. Les dix membres du Cercle eurent l’honneur d’être les premiers « académistes ». On élit Valentin Conrat « secrétaire perpétuel » - il occupa le poste jusqu’en 1675 -  alors que Richelieu se voyait attribuer le tire de « père et protecteur » de l’institution.

 A peine installée, l’Académie dut arbitrer un conflit qui opposait Corneille à deux dramaturges, Jean Mairet et Georges de Scudéry. Ces derniers accusaient le premier de ne pas avoir respecté, dans sa nouvelle pièce Le Cid, les règles des trois unités (temps, lieu, action) en vigueur dans le théâtre classique. L’Académie trancha cette querelle entre les anciens et les modernes en faveur de Scudéry, tout en reconnaissant que la pièce de Corneille connaissait auprès du public « un agrément inexplicable ». Scandalisé par la décision des « académistes », le poète Nicolas Boileau  défendit Corneille en quatre vers vengeurs :

« En vain contre le Cid un ministre se ligue,

Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue.

L'Académie en corps a beau le censurer,

Le public révolté s'obstine à l'admirer. »

La première décision de l’Académie française confortait les conservateurs. Elle suscita réprobations et moqueries. A peine née et déjà raillée.

Jean-Pierre Giovenco

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24 Décembre 2016 - 3:32pm