Guerre israélo-arabe de Six Jours

Ça s'est passé un 

5 Juin 1967

Deux décisions prises par Gamal Abdel Nasser en mai 1967 avaient déclenché une nouvelle crise au Proche-Orient. Le 19 mai, le chef d’Etat égyptien avait exigé – et obtenu – le départ précipité des casques bleus de l’ONU stationnés dans la péninsule du Sinaï. Les forces des Nations Unies s’interposaient entre les deux armées ennemies depuis 1956. Désormais, les divisions blindées égyptiennes et israéliennes se faisaient face, prêtes à en découdre. Le 22 mai, le Raïs poussa son avantage en annonçant la fermeture du détroit de Tiran aux navires israéliens mais également aux « matériaux stratégiques destinés » à l’Etat hébreux et transportés par des cargos appartenant à des pays tiers. Il s’agissait d’une grossière violation des traités internationaux sur la libre circulation dans les détroits. Sous la pression de la communauté internationale, Israël s’abstint de réagir par les armes dans un premier temps. Tsahal était-elle de taille à affronter trois armées arabes, l’égyptienne, la jordanienne, la syrienne ? Beaucoup doutaient de ses capacités à mener une guerre sur trois fronts simultanés. Les dirigeants israéliens laissèrent les diplomates négocier. Les puissances maritimes – Etats-Unis et Royaume-Uni – promirent de réunir une coalition navale qui forcerait au besoin le blocus. Conscient que le pays affrontait son plus grave défi existentiel depuis la guerre d’indépendance de 1948, le premier ministre israélien Levi Eshkol décida de constituer le 1er juin un gouvernement d’union nationale.

Il appela Menahem Begin, le chef de la droite nationaliste le Likoud à occuper un ministère sans portefeuille. Il consentit à se délester de son poste de ministre de la défense qu’il attribua au général Moshe Dayan, le vainqueur de la guerre d’octobre-novembre 1956. Les observateurs jugèrent que la politique d’attentisme vivait ses dernières heures et qu’une attaque était imminente. Lors de sa première conférence de presse, le général-ministre borgne apporta un démenti à ces spéculations, affirmant qu’il « était trop tôt ou trop tard » pour passer à l’action. Beaucoup d’envoyés spéciaux de la presse internationale, présents en Israël depuis deux semaines plièrent bagages, ne croyant plus à un prochain conflit. Une impression de détente qui s’accentua quand ils apprirent que l’Etat-major accordait deux jours de permission à des milliers de soldats à l’occasion du Shabbat. C’était oublier qu’en raison de l’exiguïté du pays, les permissionnaires pouvaient rejoindre en deux heures maximum leur unité en cas de rappel. Le dimanche 4 juin, à l’issue du conseil des ministres, le gouvernement publia un communiqué qui s’inquiétait de « la lenteur des puissances maritimes à régler le problème du libre passage dans le détroit de Tiran ». Le constat n’était assorti d’aucune menace à l’encontre de l’Egypte. Ce même jour, la Knesset, le parlement israélien, consacra une partie de ses débats à la pollution atmosphérique à Jérusalem. Le soir, la presse annonça que le lendemain Dayan et Begin prêteront serment devant le Parlement. Chacun pensait qu’ils n’avaient pas encore pris leur fonction. Grave erreur. Alors que les chancelleries du monde entier croyaient à une détente et que la vigilance des Egyptiens s’étaient émoussée, Moshe Dayan et son Etat-Major préparaient depuis plusieurs jours dans le plus grand secret les opérations « Focus » et « Drap rouge » qui allaient changer la donne militaire et politique.

 Le lundi 5 juin, à l’aube, le chef de l’aviation donna le feu vert à l’attaque « focus, action ». Une cinquantaine d’avions de chasse israéliens – des Mirages, des Mystères, des Vautours, des Ouragans – décollèrent de leurs bases en Israël. Pour échapper aux radars égyptiens, ils volèrent à une altitude de 30 mètres et se dirigèrent vers l’ouest au-dessus de la Méditerranée. Après avoir décrit un cercle, les appareils foncèrent plein sud vers l’Egypte avec pour mission de détruire les terrains d’aviation égyptiens. Ils atteignirent en même temps leurs cibles. Après vingt-sept minutes de silences radio, les pilotes israéliens rendirent compte de leur mission à leurs bases : une douzaine, d’aéroports militaires égyptiens étaient en feu. Les pistes détruites par des bombes spéciales qui s’enfonçaient grâce à un mouvement rotatif étaient désormais inutilisables. Les vagues suivantes de Mirages (500 sorties) parachevèrent le travail en détruisant les avions de chasses égyptiens alignés sur leurs parkings comme à la parade. A midi, l’aviation égyptienne n’existait plus. Dix-neuf aéroports avaient été bombardés, vingt-cinq stations de radars détruites. Trois cents appareils égyptiens finissaient de se consumer, sous le regard effaré de leurs pilotes, pris au dépourvu et mis dans l’impossibilité de réagir. Dans l’après-midi, les avions de chasse israéliens attaquèrent les terrains syriens et jordaniens détruisant encore une centaine d’appareils. En s’assurant la maitrise aérienne Israël (46 avions abattus) avait remporté non seulement la première manche mais la guerre.

 Pendant que la chasse israélienne opérait comme chez elle dans le ciel égyptien, trois corps d’armées de Tsahal appliquèrent le plan « drap rouge » et lancèrent une offensive massive contre les troupes égyptiennes embusquées dans le Sinaï. Sans protection aérienne, les égyptiens subirent de lourdes pertes. Malgré une résistance acharnée, ils ne purent arrêter l’offensive israélienne. Au deuxième jour du conflit, la moitié du Sinaï était entre les mains des israéliens. Le lendemain des commandos aéroportés s’emparèrent de Charm-el-Cheikh, la ville qui commandait l’entrée du détroit de Tiran. Le jeudi 8 juin, quatrième jour de la guerre, les israéliens atteignirent le canal de Suez dont Nasser avait annonçé la fermeture. Vaincue, le Sinaï perdu, craignant que l’armée israélienne franchisse le canal de Suez, l’Egypte accepta un cessez-le-feu la nuit du jeudi.

Sur les autres fronts, les armées arabes furent également défaites. Mercredi 7 juin, les parachutistes israéliens s’emparèrent de Jérusalem–est pendant que l’infanterie occupait la Cisjordanie jusqu’au Jourdain. Le roi Hussein de Jordanie accepta de cesser le combat. Les israéliens concentrèrent leurs forces contre la Syrie. Au terme de durs combats, ils occupèrent le plateau du Golan. Des combats sporadiques eurent lieu jusqu’au samedi 10 juin. Le conflit de Six Jours se terminait par la déroute de trois armées arabes. L’Egypte avait perdu le Sinaï, la Jordanie se trouvait dépossédée de la Cisjordanie et de la vieille ville de Jérusalem, la Syrie était amputée du plateau du Golan.

 En six jours, 23 000 soldats arabes (15 000 égyptiens, 6000 jordaniens, 2500 syriens) et 883 israéliens avaient été tués.

 Jean-Pierre Giovenco

Demain : Débarquement allié en Normandie

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21 Mai 2016 - 6:23am

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