Hitler retourne à Vienne en conquérant

Ça s'est passé un 

14 Mars 1938

Depuis son accession au pouvoir en janvier 1933, le chancelier national-socialiste Adolf Hitler ambitionnait d’annexer son pays natal l’Autriche, sous le prétexte qu’il s’agissait d’un pays de langue et de « race » germanique. Trois obstacles s’opposaient à ses projets : une majorité d’Autrichiens et une partie de la classe politique de Vienne refusaient de devenir une province du Troisième Reich, le traité de Versailles signé en 1919 garantissait l’indépendance du pays et interdisait son annexion, l’Italie de Mussolini se portait garant de l’inviolabilité des frontières de son petit voisin du nord. En quelques années, les rapports de force politiques en Europe changèrent au profit de l’Allemagne. Après le vote de sanctions économiques contre l’Italie à la suite de l’invasion de l’Ethiopie, Rome se rapprocha de Berlin avec qui elle constitua un Axe. En 1937, Mussolini déclara au ministre des affaires étrangères allemand Joachim von Ribbentrop qu’il se désintéressait désormais du sort de l’Autriche. Il levait son interdiction à l’occupation du pays. Hitler ne redoutait plus les réactions des nations occidentales et démocratiques en cas d’invasion. La France et le Royaume-Uni n’avaient pas réagi deux ans plus tôt après la remilitarisation de la Rhénanie. Malgré des protestations verbales, Paris avait laissé alors « Strasbourg sous le feu des canons allemands », selon l’expression du président du Conseil français Albert Sarraut. Le dictateur allemand savait qu’un pays qui avait renoncé à ses droits légitimes ne prendrait pas le risque de provoquer une guerre pour défendre ceux d’un pays lointain. 

Le dernier obstacle sur le chemin de l’Anschluss (annexion) résidait en Autriche même. Pour contourner l’obstacle, Hitler favorisa dès 1933 la création d’un parti national-socialiste autrichien. Ses militants tentèrent de s’emparer du pouvoir par un coup d’Etat en 1934 au cours duquel ils assassinèrent le chancelier démocrate-chrétien Engelbert Dolfuss. Le putsch échoua grâce notamment à l’intervention de Mussolini. Les années suivantes, Hitler accentua sa pression sur son petit voisin. Il exigea en février 1938 la légalisation du parti nazi, la nomination de son chef Arthur Seyss-Inquart au poste de ministre de l’intérieur. En outre l’armée autrichienne passait sous le contrôle de la Wehrmacht et l’Autriche s’unissait économiquement à l’Allemagne. Le chancelier autrichien Kurt von Schuschnigg accepta ces conditions mais refusa le rattachement au troisième Reich malgré des manifestations massives et menaçantes des nazis autrichiens dans les grandes villes du pays et les intimidations d’Hitler qui menaçait d’envoyer son armée. Le 9 mars, Schuschnigg annonça la tenue d’un référendum le 13 mars. Le peuple devait soutenir « une Autriche libre et allemande, indépendante et sociale, chrétienne et unie, pour la liberté et le travail, et pour l'égalité de tous ceux qui se déclarent pour la race et la patrie ».

 Quand il apprit la nouvelle, Hitler entra en fureur. Les événements s’accélérèrent. Pressé par les autorités allemandes, le chancelier autrichien Schuschnigg démissionna le 11 mars. Les miliciens nazis s’emparèrent du pouvoir dans plusieurs villes dont Innsbruck, Linz, Salzbourg et Vienne. Le président autrichien Willem Miklas accepta de nommer chancelier le nazi Seyss-Inquart. Le 12 mars au matin, les soldats de la 8eme armée allemande commencèrent l’invasion de l’Autriche. Non seulement l’armée autrichienne resta dans ses casernes et ne s’opposa pas à la violation des frontières du pays, mais les envahisseurs furent accueillis par les acclamations d’une partie de la population. L’Italie proclama sa neutralité. L’Angleterre restait indifférente aux événements. La France était impuissante : démissionnaire depuis le 10 mars le président du Conseil Camille Chautemps expédiait les affaires courantes.

 Le 13 mars, Adolf Hitler pénétra en Autriche en passant par la ville de Braunau où il était né cinquante ans plus tôt. Le soir il arriva à Linz où une foule de 60 000 personnes l’acclama. Il poursuivit sa marche triomphale jusqu’à Vienne où il arriva le 14 mars. Deux cent cinquante mille Viennois en transe, le bras tendu, accordèrent au conquérant nazi un triomphe digne des empereurs romain. Le jour même des nazis détruisirent des magasins appartenant à des autrichiens juifs.  Le 10 avril, un plébiscite valida le coup de force. 99,75 % des Autrichiens votèrent en faveur de l’Anschluss. Il est vrai que l’opposition avait été anéantie après l’interdiction des partis politiques et des syndicats et l’emprisonnement de leurs dirigeants dans des camps de concentration. Adolf Hitler pouvait se vanter d’avoir remporté une victoire politique et stratégique sans avoir tiré un seul coup de feu. Avec le rattachement des 8 millions d’Autrichiens, la population du troisième Reich atteignit 82 millions d’habitants, contre 42 millions de Français. Les frontières de l’Allemagne étaient portées jusqu’à l’Italie et la Yougoslavie. La Tchécoslovaquie était désormais à demi encerclée et son système de fortification était tourné par le sud. Les élites politiques de Prague jugèrent avec effroi que le pays était la prochaine proie du dictateur nazi.

J.-P.G.

Demain : Le programme du Conseil national de la résistance

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15 Février 2017 - 10:50am