Inauguration du paquebot France

Ça s'est passé un 

11 Janvier 1962

  L'inauguration du paquebot France eut lieu le 11 janvier 1962. Ce jour-là, le premier ministre Michel Debré présida la cérémonie officielle au Havre, le  port d’attache du navire. Propriété de la  Compagnie générale transatlantique, Le France prit la mer quelques jours plus tard  pour sa première croisière inaugurale. Il mit  le cap sur les îles Canaries avant d’entamer en février sa première traversée transatlantique.  Construit en quatre ans à peine aux chantiers navals de Saint-Nazaire par 1300 ouvriers, techniciens et ingénieurs, le France accumulait les performances et les innovations techniques : longueur 315,7 mètres, largeur 33,7 mètres, déplacement 57 600 tonnes, puissance 160 000 chevaux, vitesse 31 nœuds.  

 Décorées par Louis Vuillermoz et des peintres rattachés à l’école de Paris, les cabines étaient luxueusement meublées. Mais, pour tous les français, la vraie cérémonie de baptême avait eu lieu le 11 mai 1960 à l’occasion de la mise à l’eau du paquebot. Cent mille personnes s’étaient déplacées pour participer à l’événement. La cérémonie avait été rehaussée  par la présence du couple présidentiel.  Mme Yvonne de Gaulle, en sa qualité de marraine, avait coupé le ruban rouge et libéré la bouteille de champagne qui éclata sur la coque du paquebot. Charles de Gaulle, son époux de président déclara sur le mode lyrique : « Et maintenant, que France s'achève et s'en aille vers l'océan, pour y voguer et servir ! Vive le France, vive la France ! ».    

Quelques mauvais esprits critiquèrent ce moment d’exaltation nationale qui semblait ignorer les dures réalités économiques et financières. A une époque où le transport aérien se démocratisait et mettait New York à quelques heures de Paris, la traversée transatlantique qui durait 5 ou 6 jours avait-elle encore  un avenir ?  Les passagers répondirent à leur manière en délaissant ce mode de transport désuet. La compagnie perdait de l’argent. Le gouvernement aux prises avec les effets du premier choc pétrolier rechignait à subventionner une activité structurellement déficitaire.

 Valery Giscard d’Estaing, le nouveau président de la République, décida en  décembre 1974 le désarmement du paquebot malgré les grèves et manifestations des salariés organisées par la CGT. Amarré pendant trois ans au « quai de la honte » au Havre, le France était racheté par un homme d’affaire saoudien en 1977 puis revendu à une compagnie norvégienne en 1979.  Le navire s’appelait désormais Norway. Après l’explosion d’une chaudière en 2003,  le Norway était cédé à un ferrailleur. Il était rebaptisé  Blue Lady et finit démantelé dans le chantier d’Alang en Inde.  Du magnifique paquebot il reste des images jaunies par le temps et une mélodie de Michel Sardou: « Ne m’appelez plus jamais France. La France, elle m’a laissé tomber. Ne m’appelez plus jamais France. C’est ma dernière volonté ».

Jean-Pierre Giovenco

Demain : L'échec de la sécession biafraise

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17 Décembre 2016 - 6:23pm

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