Jacques Cartier « découvre » le Canada

Ça s'est passé un 

2 Octobre 1535

En 1507, les géographes se rendirent à l’évidence : les terres « découvertes » en 1494 par Christophe Colomb n’appartenaient pas à l’Asie mais étaient rattachées à un nouveau continent. On le baptisa Amérique en l’honneur du navigateur italien Amerigo Vespucci qui le premier formula cette hypothèse. La nouvelle suscita l’appétit de nombreux monarques européens – espagnol et portugais notamment - désireux d’enrichir les connaissances de l’homme et… de remplir d’or les coffres-forts du trésor public. Ils financèrent des expéditions vers ce nouveau monde. Grande figure de la Renaissance, le roi François 1er partageait cette ambition. Convaincu comme ses pairs que le savoir et les connaissances rendaient l’homme meilleur… et aussi plus riche, il confia au florentin Giovanni da Verrazzano la mission de trouver une voie directe pour rejoindre la lointaine Chine. Le navigateur arma des navires avec le soutien financier de riches marchands italiens installés à Lyon. Il ne découvrit pas de passage vers l’Asie mais l’estuaire de l’Hudson, ce qui lui valut quatre siècles plus tard d’être honoré par la ville de New York qui donna son nom à un des ponts de la ville. L’explorateur mourut en 1528 aux Antilles avant d’avoir découvert le fameux détroit. Avant de périr, il avait fait parvenir à François 1er un compte rendu dans lequel il affirmait que l’Amérique produisait « des drogues, des liqueurs aromatiques et autres richesses, l’or notamment car la terre en a la couleur ». La description incita François 1er à persévérer dans son projet.  En 1532, le roi de France proposa au malouin Jacques Cartier de succéder à Verrazzano et de découvrir ce pays merveilleux ainsi qu’une voie nouvelle et rapide pour atteindre la Chine.

 Le roi mit à sa disposition la somme de 6 000 livres. Jacques Cartier équipa deux navires et embaucha une soixantaine de marins. Il leva l’encre le 20 avril 1534. Après une vingtaine de jours de traversée, il atteignit Terre-Neuve. Après avoir longé la côte, il explora le golfe du Saint-Laurent, noua des contacts avec les Amérindiens avec lesquels il fit du troc, échangeant du tissus et des couteaux contre des peaux. Cartier revint bredouille à Saint-Malo en septembre. Il n’avait trouvé ni or ni passage vers l’Asie. En revanche, il avait découvert l’embouchure du Saint-Laurent – sans savoir qu’il s’agissait d’un fleuve - et constaté que Terre-Neuve était une île. Il ramenait également les deux fils du chef iroquois Donnacona. Leur présence fit sensation dans le royaume où l’on se pressait pour les voir.

 Un second voyage fut mis sur pied l’année suivante. Trois navires (La grande Hermine, La petite Hermine, L’Emerillon) et 110 hommes participèrent à l’expédition. Les navires appareillèrent en mai. Comme l’année précédente, ils longèrent Terre-Neuve. Ils atteignirent le golfe du Saint-Laurent. Guidés par les deux fils de Donnacona - qui désormais s’exprimaient en français - ils remontèrent le fleuve jusqu’à Stadacone, la future Québec, habitée par le peuple des Kanata, avant de poursuivre encore vers l’ouest. Le 2 octobre 1535, Jacques Cartier accosta sur une île au milieu du fleuve. Des indiens Iroquois l’habitaient. Le lieu avait été baptisé du nom d'Hochelaga (50 km de long sur 16 km de large) par ses occupants. Leur village était installé sur une colline au milieu de l’archipel. Cartier nomma cette montagnette Mons Realis (Mont Royal) où fut fondée Montréal en mai 1642. Il venait de « découvrir » le Canada. 

 L’hiver arriva à l’improviste. Le Saint-Laurent gela, emprisonnant les navires dans la glace. Beaucoup d’hommes périrent de maladies (scorbut) et de malnutrition. Le printemps suivant, Jacques Cartier retourna à Saint-Malo. Vingt-cinq marins avaient péri. Le bilan de l’expédition sembla bien maigre : quelques pépites d’or, des fourrures, la découverte de nouvelles terres ne compensèrent pas l’absence d’un passage vers la Chine. Déçu, François 1er renonça à financer de nouvelles expéditions.

 Jacques Cartier se morfondit pendant cinq ans. En 1541, il fut autorisé à armer cinq navires. Il arriva à Stadacone en août 1541. Il hiverna sur place. En juin 1542, certain d’avoir découvert de l’or et des diamants, il décida d’annoncer la bonne nouvelle au roi et mit le cap vers la France. On expertisa le minerai : il s’agissait de la pyrite de fer et du quartz. François 1er se désintéressa du Canada. Jacques Cartier se retira dans son manoir de Rothéneuf où il mourut en 1557 de la peste.

Jean-Pierre Giovenco

Demain : Réunification de l’Allemagne

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19 Septembre 2015 - 5:24am