Jean Calas tué par l’intolérance religieuse

Ça s'est passé un 

10 Mars 1762

Près de deux siècles après les massacres de la Saint-Barthélemy, les persécutions contre les protestants étaient certes moins violentes que pendant les guerres de religions, mais elles n’avaient pas cessé. L’intolérance religieuse se réveillait au moindre prétexte. Sous le règne de Louis XV, les réformés de sexe masculin surpris alors qu’ils participaient à des cultes clandestins dits « au désert » étaient envoyés aux galères pendant que les femmes étaient jetées en prison et leurs filles enfermées dans des couvents. Les enfants nés dans les familles « hérétiques » n’avaient pas droit à l’état-civil. Le parlement de Toulouse se distingua de la pire façon contre la religion minoritaire. En février 1762, le pasteur François Rochette et trois nobles protestants, les frères Henri, Jean et Joachim Grenier, furent condamnés à mort. Les juges reprochaient au premier d’avoir pratiqué le culte interdit en cachette ; les seconds étaient accusés de « crime de sédition » pour avoir tenté de libérer le pasteur emprisonné. Le 19 février 1762 Rochette fut pendu et les frères Grenier décapités, place du Salin à Toulouse. Au même moment, la population était hystérisée par l’affaire Calas qui concernait une famille de drapiers protestants. Le 13 octobre 1761, le calviniste Jean Calas découvrit son fils Marc-Antoine pendu dans une pièce du magasin. Il le détacha et alerta les autorités. Il affirma que le crime avait été commis par un inconnu, pour éviter que la dépouille de son fils fût trainée dans les rues par un cheval avant d’être jetée dans une fosse commune, un sort alors réservé aux suicidés. 

Les médecins arrivés sur les lieux conclurent à une mort par strangulation. Jean Calas confirma qu’il avait menti pour pouvoir enterrer dignement son fils. Mais bientôt, une rumeur se répandit dans la ville : le protestant Jean Calas avait assassiné Marc-Antoine avec la complicité de la famille parce que son fils souhaitait se convertir au catholicisme. L’Eglise donna foi aux affirmations du peuple en accordant au défunt le statut de martyr et en organisant des funérailles solennelles suivies par des milliers de personnes. Le procès de la famille Calas fut suivie par une foule rendue haineuse par l’intolérance religieuse. Faute de preuves suffisantes et d’aveux du présumé coupable, les juges décidèrent que les ouï-dire compteraient pour un quart de preuve et les ragots pour un-huitième. En totalisant ces « indices », ils conclurent à la culpabilité de Calas, malgré ses dénégations. Douze des treize magistrats le condamnèrent à être roué vif. Le 10 mars 1762 la sentence fut appliquée place Saint-Georges. Dans le but de lui faire avouer son crime, le nom de ses complices et les circonstances de l’assassinat on lui fit subir au préalable la question ordinaire et extraordinaire. Jean Calas continua à clamer son innocence sous la torture. Le bourreau lui rompit alors les quatre membres. On le laissa agoniser pendant deux heures. Par mesure spéciale, on abrégea ses souffrances en l’étranglant. Sa dépouille fut brûlée. La femme de Calas fut acquittée. Ses deux filles furent enfermées dans un couvent et son fils Pierre banni du royaume.

 Réfugié à Genève, le fils cadet de Calas rencontra Voltaire. Le philosophe des Lumières croyait à la culpabilité de Calas, même s’il trouvait la sentence disproportionnée. Mais après avoir écouté le témoignage de Pierre, il changea d’avis. Convaincu de l’innocence du drapier toulousain, il demanda la cassation du jugement. Pendant trois ans, il se démena comme un beau diable, écrivant à Mme de Pompadour, au chancelier Lamoignon, au ministre Choisel à Louis XV. Il engagea de brillants avocats dont celui du parlement de Paris Elie de Beaumont qui rédigea des mémoires judiciaires réduisant à néant les accusations contre Calas. En 1763, Voltaire publia son Traité sur la tolérance dans lequel il dénonçait le fanatisme religieux. Ce combat acharné en faveur de la vérité mobilisa également les philosophes de l’Europe. Le 4 juin 1764, le Conseil du roi cassa l’arrêt du parlement de Toulouse pour vice de procédure. Appelé à juger sur le fond, le tribunal des Requêtes publia le 9 mars 1765 un nouvel arrêt réhabilitant Jean Calas et tous les autres inculpés. La famille Calas reçut une indemnisation de 36 000 livres et fut reçue par la reine et plusieurs ministres. Le parlement de Toulouse considéra la réhabilitation comme nulle et non avenue.

J.-P.G.

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13 Février 2017 - 1:34pm

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