Jean-Paul Sartre fonde Libération

Ça s'est passé un 

18 Avril 1973

Après l’échec de la révolte estudiantine et ouvrière de mai et juin 1968, plusieurs mouvements situés à l’extrême gauche de l’échiquier politique entretinrent la flamme révolutionnaire. Les gauchistes se divisaient en deux grandes familles antagonistes : les trotskistes aux convictions communistes et libertaires et les maoïstes influencés par la révolution culturelle impulsée par Mao en mai 1966. Pour diffuser leurs idées parmi la population ouvrière intoxiquée et abusée selon eux par la presse et l’idéologie bourgeoise, les maoïstes de la Gauche prolétarienne décidèrent de créer leur journal. L’histoire affirme que Jean-Paul Vernier, un ancien élève de l’école centrale de Paris et militant maoïste de la première heure fut à l’origine du projet. Fondateur avec le philosophe contestataire Maurice Clavel de l’Agence de presse Libération, il évoqua la question de fonder un quotidien avec Jean-René Huleu, un journaliste hippique à Paris-Jour qui éditait Pirate, un bulletin recensant les luttes ouvrières en France. Les deux hommes organisèrent une réunion le 6 décembre 1972 à Paris. Le philosophe Jean-Paul Sartre, l’écrivain Claude Mauriac, le journaliste à La Cause du peuple Serge July et le journaliste et écrivain (Che Guevara, 1970) Philippe Gavi apportèrent leur soutien à l’initiative. Serge July en fut nommé « responsable politique ». Benny Lévy, le fondateur de la gauche prolétarienne s’activait en coulisse pour la réussite du lancement. 

 Le 5 février 1973, le groupe rendit public le projet dans un fascicule de quatre pages. Une phrase le résumait : « Peuple, prend la parole et garde là ». Un texte encadré explicitait la démarche du nouveau quotidien : « La politique pour « Libération », c'est la démocratie directe. Aujourd'hui, élire un député, c'est vouloir que le peuple ne dise son mot, qu'une fois tous les cinq ans. Et encore, pendant ces quatre années, « l'élu du peuple » peut-il faire ce qu'il veut ? Il n'est pas placé sous le contrôle de ses électeurs ; il ne représente que lui-même. Mais si des gens du peuple veulent dire pourquoi ils voteront, ils pourront le faire dans « Libération ». Cette forme de débat est possible dans les colonnes du journal. Pour sa part, l'équipe de « Libération » refuse de cautionner un système qui coupe la parole au peuple. »

 Le premier numéro de Libération parut le 18 avril 1973 au prix de 0,80 franc. Jean-Paul Sartre et Jean-Claude Vernier étaient les directeurs de la publication. Fidèle à sa doctrine communiste,  le journal refusa la publicité payante et le soutien d’actionnaires capitalistiques extérieurs. Il lança une souscription auprès de ses futurs lecteurs. Les débuts furent difficiles mais le journal trouva son public. Les salariés appliquèrent au sein de leur entreprise les idées qu’ils défendaient dans les colonnes du journal : on instaura un seul niveau de salaire quel que fût l’emploi occupé et la responsabilité hiérarchique assurée (les journalistes, les cadres, les employés, les ouvriers du livre recevaient la même rémunération) ; toutes les décisions concernant la vie du journal étaient votées à la majorité des voix lors des assemblées générales du personnel.

  Le 24 mai 1974, un conflit éclata entre Jean-Paul Sartre et Serge July sur la ligne politique du journal, le philosophe défendait le maintien d’une orientation politique à l’extrême-gauche alors que le journaliste évoluait vers des positions libérales-libertaires. Sartre et Vernier démissionnèrent de leur poste de directeur. July les remplaça et entame son ascension.

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18 Avril 2016 - 7:18am

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