Jeanne Hachette défait les Bourguignons

Ça s'est passé un 

9 Juillet 1472

En 1472, le duc de Bourgogne Charles le Téméraire rompit le traité de paix signé avec le roi de France Louis XI quatre ans plus tôt à Péronne. Il accusait – sans doute à tort – le souverain français d’avoir fait empoisonner son allié le duc de Guyenne. A la tête d’une puissante armée, le duc franchit le 14 juin la frontière à Bray. Il ravagea la région après s’être emparé de la forteresse de Nesle, défendue par 500 archers qui furent tous massacrés ainsi que la population, réfugiée dans l’église. Poursuivant sa progression en terre française, il s’empara de Roye et de Montdidier, deux cités qu’il pilla. Une proie bien plus grasse se présenta à son appétit insatiable de conquérant : Beauvais, alors la ville la plus riche de France. Il marcha sur la ville quand il apprit qu’elle n’était pas défendue. Le 27 juin, une avant-garde bourguignonne apparut sous les remparts et demanda aux habitants d’ouvrir les portes. En échange Charles le Téméraire leur garantissait la vie sauve. Méfiants, les Beauvaisiens refusèrent. Des paysans échappés des campagnes conquises par les Bourguignons témoignèrent des exactions commises contre les populations sans défense. La ville se mit en réquisition et décida de résister à tout prix à l’armée bourguignonne. Charles le Téméraire ordonna à ses troupes de prendre la ville d’assaut. Les deux premières attaques échouèrent. Bien protégés derrière leurs murailles, les Beauvaisiens soutenus par leurs femmes firent pleuvoir une pluie de flèches sur les assaillants dont plusieurs dizaines perdirent la vie.

 Charles le téméraire décida d’assiéger la ville. Pendant plusieurs jours, ses hommes asséchèrent les fossés de la ville en détournant le cours du Thérain qui les alimentait. Ils comblèrent les fascines. Le duc de Bourgogne massa ses dizaines de milliers d’homme. Le 9 juillet, il les lança contre la ville défendue par ses habitants, y compris par les femmes qui combattaient sur les remparts et jetaient des pierres du haut des murs. Des salves de couleuvrines et de serpentines fauchèrent les premières vagues. Des soldats réussirent à installer des échelles près de la porte de Bresle. L’ un d’eux se hissa jusqu’au sommet, un étendard, dit-on, à la main. Une adolescente de seize ans Jeanne Laisné, la fille d’un bourgeois, le renversa dans le fossé après l’avoir frappé à l’aide de la petite hache dont elle s’était munie. L’action de Jeanne Hachette – son surnom désormais – encouragea les défenseurs à résister. Un demi-siècle après Jeanne d’Arc, une femme incarnait de nouveau la lutte nationale contre l’envahisseur étranger.

 Les jours suivants, de nouvelles attaques se terminèrent par la défaite des Bourguignons. Charles le Téméraire comprit qu’il ne pourrait pas s’emparer de la ville. En outre, des renforts envoyés par Louis XI approchaient. Le 23 juillet, il leva le siège. Trois mille bourguignons dont une vingtaine de seigneurs avaient été tués. En l’honneur de Jeanne Hachette et des femmes de la ville qui avaient sauvé Beauvais, Louis XI institua une procession. Le cortège était précédé par les femmes, contrairement aux usages en vigueur à l’époque. En outre, le roi les autorisait à porter les vêtements et les ornements habituellement réservés aux nobles, le jour de leurs noces, pendant les fêtes et quand elles le souhaitaient.

Jean-Pierre Giovenco

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18 Juin 2016 - 5:10pm

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