Joseph Caillaux arrêté pour « trahison »

Ça s'est passé un 

14 Janvier 1918

Figure importante du parti radical pendant la Troisième République, élu en 1898 député de la Sarthe au détriment d’un royaliste, Joseph Caillaux se définit comme « profondément républicain », non seulement « parce que la République est le gouvernement légal du pays, mais parce qu’elle est l’expression la plus large de la liberté, du droit et du progrès ». Né le 30 mars 1863, il fut nommé ministre des finances à 36 ans dans le gouvernement d’union républicaine dirigé par Pierre Waldeck-Rousseau le 20 mars 1899. Revenu au pouvoir en 1906 dans le gouvernement présidé par son rival Georges Clemenceau, il fut à l’origine de l’institutionnalisation de l’impôt progressif sur les revenus. Après la chute du cabinet, il retrouva le fauteuil de ministre des finances dans plusieurs gouvernements. Reconnu pour ses compétences, disposant de solides appuis au parlement notamment à gauche, il fut nommé par le président de la République Gaston Doumergue président du Conseil des ministres le 27 juin 1911. Mais, au bout de six mois, il fut mis en minorité en raison de sa politique d’apaisement et de rapprochement avec l’Allemagne. Les députés lui reprochaient d’avoir négocié secrètement un accord avec l’empereur au lendemain de la crise d’Agadir qui avait failli déboucher sur un conflit entre la France et l’Empire d’Allemagne. Caillaux se consola en se faisant élire président du parti radical. Mouvement charnière entre le parti de la « réaction » et celui de la « révolution », le parti radical jouait un rôle essentiel au cœur de la vie politique française.

Devenu le porte-parole de la gauche parlementaire, il contribua à la chute du gouvernement dirigé par Louis Barthou en décembre. Il ambitionnait de le remplacer avec le soutien des socialistes, mais finalement il dut accepter le poste de ministre des finances au sein du gouvernement dirigé par Gaston Doumergue. Mais, sa personnalité, ses options économiques et sociales et son pacifisme provoquaient l’hostilité de la droite et de la presse conservatrice. Le journal Le Figaro engagea une intense campagne contre ses choix politiques. L’affaire prit un tour personnel après la publication de la correspondance privée entre Caillaux et sa maitresse. Affectée par l’étalement de la vie privée du couple, l’épouse du ministre, Henriette Caillaux assassina de plusieurs coups de révolver le directeur du Figaro Gaston Calmette le 16 mars 1914. Contraint de démissionner le lendemain, Caillaux trouva le réconfort en gardant la confiance de ses électeurs qui le réélire député lors des élections législatives de mai. Plus présent dans le prétoire du tribunal qui jugeait sa femme qu’à la tribune de la Chambre des députés, Caillaux apprit le verdict d’acquittement de son épouse avec soulagement le 28 juillet 1914, un mois après l’assassinat de l’archiduc d’Autriche François Ferdinand à Sarajevo qui provoqua la Grande guerre.

 Pendant le conflit, Joseph Caillaux resta dans l’ombre. Pacifiste affirmé, chacun savait qu’il était partisan d’une paix sans annexion ni indemnités. Une thèse bien peu partagée par la classe politique et certainement pas par son rival Georges Clemenceau. Nommé président du Conseil le 16 novembre 1917, le Tigre engagea une action résolue contre le « défaitisme », assimilé à la trahison et contre tous ceux qui avaient milité avant-guerre pour la rapprochement franco-allemand. Accusé par la presse nationaliste d’avoir financé le journal d’extrême-gauche et antimilitariste Le Bonnet Rouge, Joseph Caillaux perdit son immunité parlementaire en décembre 1917, à la demande de Clemenceau. Le 14 janvier 1918, il fut arrêté pour « intelligence avec l’ennemi ». Accusé de « complot contre la sureté de l’Etat », Caillaux fut détenu à la prison de la Santé. Jugé en 1920, il fut condamné à trois ans de prison et à la privation de ses droits civiques pour « correspondance » avec l’ennemi. Défendu par la gauche et la ligue des droits de l’homme qui estimaient qu’il était un bouc-émissaire, il fut amnistié en 1925 par la Chambre des députés après la victoire du Cartel des gauches aux élections législatives de 1924. Caillaux reprit ses activités politiques. Elu sénateur en 1925, il occupa le poste de ministre des finances en 1925, en 1926 en 1935. Régulièrement réélu sénateur, il soutint le gouvernement de Front populaire. Mais après la défaite de juin 1940, il vota les pleins pouvoirs au maréchal Philippe Pétain et quitta la vie politique. Il mourut le 21 novembre 1944 à 81 ans, au terme d’une vie politique mouvementée.

J.-P.G.

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18 Décembre 2018 - 2:17pm

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