L’armée française intervient au Mali

Ça s'est passé un 

11 Janvier 2013

Depuis le mois d’avril 2012, les djihadistes salafistes du groupe Ansar Dine ralliés à Al-Qaïda au Maghreb et les indépendantistes Touaregs du Mouvement pour la libération de l’Azawad occupaient le nord du Mali. Au terme de durs combats, l’armée malienne et l’administration légale avaient été chassées des principales villes de la région : Tessalit, Kidal, Gao et Tombouctou où les islamistes radicaux imposèrent la charia, malgré l’hostilité de la population et de l’Azawad. Ils rendirent obligatoire le port du voile pour les femmes et interdirent la consommation d’alcool, la musique, les relations sexuelles en dehors du mariage. Les tribunaux islamistes condamnèrent à mort des opposants. Les voleurs et les violeurs étaient amputés d’une main ou d’une jambe, l’adultère était puni par lapidation. Encouragés par leurs succès militaires, les chefs djihadistes étaient convaincus que le Mali était un fruit mur prêt à tomber dans leur escarcelle. Ils disposaient d’un stock d’armes puisés dans les arsenaux de l’armée libyenne en pleine guerre civile après la chute de Kadhafi deux ans plus tôt. Face aux 10 000 islamistes fanatisés, l’armée malienne était en proie à des luttes internes pour la direction du pays. Le 22 mars 2012, un coup d’Etat avait porté au pouvoir à Bamako le capitaine des « bérets verts » Amadou Sanogo. Finalement, sous la pression internationale, le capitaine factieux accepta de rendre ses pouvoirs au président de l’Assemblée nationale Dioncounda Traoré. Ce dernier assura les fonctions de président par intérim en attendant une nouvelle élection présidentielle à partir du 8 avril.

Le 30 avril, les troupes fidèles (les « bérets rouges ») au président déchu Amadou Touré se révoltèrent. Leur tentative de remettre au pouvoir l’ancien président échoua, des dizaines de soldats légalistes furent sommairement exécutés et enterrés dans des fosses communes. Pendant que les élites politiques maliennes s’entretuaient, les djihadistes renforçaient leur emprise sur le nord du pays et préparaient l’assaut contre le sud avec en point de mire la prise de la capitale Bamako. Le 2 janvier 2013, les djihadistes d’Ansar Dine rompirent les négociations avec le gouvernement malien. Soutenus par le Mouvement pour l’unicité de l’islam et le djihad en Afrique de l’Ouest, par Al-Qaïda au Maghreb islamique et par Boko Haram, ils franchirent le 9 janvier la ligne de démarcation à Dangol-Doré rejetant loin au sud l’armée malienne. Le 10 janvier la prise de la ville stratégique de Konna leur ouvrit la route de Mopti et de Sévaré, derniers remparts avant Bamako. L’armée malienne était en pleine déroute. Le président malien par intérim Dioncouda Traoré appela la France au secours. Le président François Hollande, son gouvernement et l’état-major suivaient depuis de long mois avec inquiétude l’évolution de la situation au Mali. Des troupes françaises ainsi que de puissants moyens aériens étaient déjà positionnés dans les bases françaises des pays limitrophes, au Tchad notamment dans le cadre de l’opération Epervier et en Côte d’Ivoire. Le soir du 10, des forces spéciales prirent position sur l’aéroport de Mopti. Le 11 janvier 2013, le président Hollande annonça officiellement l’engagement militaire de la France aux côtés du Mali. Baptisée Opération Serval l’intervention française s’inscrivait dans le cadre de La mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (MISMA), autorisée par la résolution 2085 du Conseil de sécurité des Nations Unies le 20 décembre 2012. L’opération française avait pour objectif d’aider l’armée malienne à repousser l’offensive des djihadistes et à l’aider à reconquérir les territoires perdus. La France tenait également à protéger ses six mille ressortissants installés dans le pays, notamment à Bamako, qui en cas de victoire des islamistes seraient devenus des otages.

 Le 11 janvier, l’aviation française entra en action et bombarda des positions djihadistes à Konna et Lenné pendant que les forces spéciales soutenus par des hélicoptères de combat les affrontaient à Sévaré. Les soldats français rejoignirent le Mali par la voie des airs ou par la route via la Côte d’Ivoire. Leur déploiement s’accéléra : 800 soldats le 15 janvier, 1400 le 17, 2000 le 19, 3500 le 20 janvier et 4000 au début du mois de février. L’engagement de la France précipita l’arrivée des troupes africaines : 7700 soldats dont 1400 Tchadiens, des Nigérians, des Sénégalais, des Nigériens, des Togolais, des Burkinabés, des Ivoiriens).

 Du 11 au 23 janvier, l’opération Serval fut commandée depuis Paris par le général Didier Castres. Le 24 janvier le général de corps d’armée Grégoire de Saint-Quentin lui succéda sur le terrain. Doté d’un important matériel, les soldats français prirent l’offensive. Des Rafales et des Mirages venus pour certains de France et ravitaillés en vol attaquèrent les positions, cantonnements et centre d’entrainements des djihadistes. Les bombardements affaiblirent les combattants ennemis. Après l’échec de leur offensive sur Mopti, ils se replièrent vers le nord pourchassés par les soldats franco-maliens. Le 25 janvier Gao était libérée. Le 28 janvier, les paras de la légion étrangère s’emparèrent de Tombouctou. Le 2 février, en compagnie du président Malien, François Hollande se rendit dans la ville libérée où il reçut un accueil triomphal. Plus au nord, la guerre continuait. Les forces tchadiennes prirent Kidal le 28 janvier, les forces nigériennes et tchadiennes reprirent Ansongo le 29. Le 3 février après d’intenses bombardements français les tchadiens chassèrent de Kidal les islamistes qui se réfugièrent dans la région montagneuse de l’Adrar des Ifoghas. Traqués par 3000 soldats français et tchadiens les djihadistes résistèrent jusqu’au mois de mars. Décimés et incapables de mener des actions de grande envergure, ils livrèrent des combats d’arrière-garde en commettant des attentats individuels. Des combats sporadiques se poursuivirent pendant encore un an. Neuf soldats français ont été tués au combat et plus de trois cents blessés.

 Le 30 juillet 2014 l’opération Serval prit fin. Ses deux objectifs initiaux avaient été atteints : les agresseurs avaient été repoussés et le Mali retrouvait son intégrité territoriale. Mais, la victoire restait fragile. Des bandes armées faisaient régner la terreur dans la bande sahélienne. Le 1er août France décida de maintenir 3000 hommes sur place dans le cadre de l’opération Barkhane - encore en cours - dont l’objectif est de lutter dans la zone du Sahel contre les groupes armés djihadistes.

J.-P.G.

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7 Décembre 2017 - 6:49pm

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